oLIVIER gARCIN

 

J’ai lu, ces temps derniers, plusieurs livres traitant d’un sujet terrible : le scandale de la disparition d’un enfant. Entre mes mains, un peu par hasard, un peu par besoin, sont passés par exemple le déchirant Visions de Gérard, de Kerouac, mais aussi Le Fils de Michel Rostain (sur lequel je n’ai pas écrit de critique, mais que j’ai trouvé très fort, quoique d’une autre teneur), et puis récemment, Olivier, de Jérôme Garcin.

Dans ce témoignage poignant, Jérôme Garcin fait le récit d’une vie dont la trame est une absence fondamentale : l’amputation de son jumeau fauché à la veille de ses six ans sur une petite route de campagne. Dialogue d’outre-tombe, ou plutôt  monologue d’un ex-gémellaire, privé de celui que Michel Tournier appelait le « frère-pareil », Garcin y revisite ces années de silence sur un vide – amplifié de la mort, quelques années plus tard, du père, emporté par un cheval fou -, qu’il a fallu non pas combler, mais recouvrir d’une planche de salut : l’écriture. Mais aussi l’érudition et l’amour, car Jérome Garcin a fait de ces deux nourrices les moteurs de son canot de survie. Quant à ce silence, vraie mort des absents selon l’auteur, en le brisant, Jérôme Garcin opère une résurrection de son propre frère. Oui, Olivier est un sujet de discussion, on le croise à la librairie et en compagnie de milliers de personnes… Quelle unique et immense rétribution, à laquelle participe le regard apaisé de la mère de Jérôme Garcin sur ce travail de réhabilitation du double je et du double tu (au sens de muet) !

Olivier, c’est aussi une réflexion sur les liens uniques et absolus qui sous-tendent la gémellité, dans une langue touchante, précise, vraie. Le ton est celui de l’extrême pudique qui a décidé de montrer sa plaie : une diversion, ici d’ordre littéraire, est organisée autour de la douleur, par égard pour celui qui en est témoin. Pour autant, elle n’en est pas moins révélée. Il y a quelque chose de lourd, qui relève de l’inertie visqueuse (mais pas glauque) de celui qui remue une marmite au contenu figé par le temps. A lire, pour cette immense sensibilité si délicatement partagée, et pour une autre très belle relation que Jérôme Garcin convoque : l’amour des chevaux comme, métaphore évoquée par l’auteur, si monter, en tant qu’acte ascensionnel, était une démarche de foi.