maurois_bona

 

Il est toujours touchant de découvrir un artiste par le biais de ses amours. Et quand il s’agit de littérature, cet angle de vision offre un spectre aussi large qu’émouvant de lecture entre les lignes. La vie d’André Maurois ainsi décryptée par l’académicienne Dominique Bona m’a singulièrement enchantée. Cet homme de devoir, né Émile Salomon Wilhelm Herzog, que la naissance prédestinait à l’austère industrie de draperie alsacienne, avait pour égales passions l’amour et les livres. Il bifurqua de carrière en cours de route, décidant de quitter l’usine familiale pour embrasser le monde des lettres avec lesquelles il avait tant d’affinités. En découvrant le monde amoureux d’André Maurois, on réalise l’ultime pertinence de ce choix pour décrire le caractère et les évènements qui firent d’Emile Herzog le biographe, conteur, romancier, traducteur et essayiste que l’on sait. Il y eut d’abord Jane-Wanda de Szymkiewicz, au nom de muse inversement proportionnel à l’intérêt qu’elle portait à son œuvre. Rencontrée encore adolescente, surnommée Janine,  cette beauté fulgurante et vaporeuse fut le grand amour d’André Maurois, celle à qui tout était permis et pardonné : de la légèreté à l’infidélité. Morte des suites d’un avortement mal pratiqué, elle laissa à l’écrivain trois enfants dont deux illégitimes mais auxquels il donna tout de même son nom. Ce fuit ensuite Simone de Caillavet, l’intellectuelle, qui à défaut de lui offrir les plaisirs de la chair ou l’affection d’une famille (étant aussi peu disposée aux uns qu’inapte à la seconde) lui dédia son carnet d’adresses, son snobisme, son talent, ses poèmes, bref son âme. Bien plus qu’une épouse, elle fut sa secrétaire, son tremplin dans le monde, celle qui ne lui était que foi et dévotion. Il y eut enfin Marita, la Chilienne, chaleur tropicale incarnée, qui, en l’espace de vingt jours à peine, rendit à Maurois la fièvre de ses vingt ans manifestée en rien moins que 54 lettres et 11 poèmes. Marita bouleversa la vie de l’auteur parfaitement réglée par une épouse qu’une omniprésence industrieuse avait rendue indispensable. Elle ne parvint donc pas à l’y arracher, manipulée à distance par Simone qui lui fit rendre les armes. “Il n’y a qu’un amour ” se lit d’une traite et pourrait bien être le livre idéal pour alléger un instant l’implacable duo chapon-champagne.

“Il n’y a qu’un amour “, Dominique Bona, Editions Grasset. 2003. 496 p.

maurois femmes