Me voilà de l’autre côté de l’Atlantique, celui du Vieux Continent, me découvrant une vocation de contractuelle occupée à surveiller du coin de l’œil les agissements des libraires et à jauger leurs goûts en matière de nouveautés, et, tout absorbée par mes errances entre rendez-vous et must-do/see, je me rends compte que l’absence de ma progéniture se fait malgré tout ressentir. C’est fou. Battre le pavé parisien sous la pluie, se cogner à la barre du bus pour cause de conduite un poil nerveuse, apprécier la prévenance des chauffeurs de taxis (à l’attention de la Chambre syndicale des artisans du taxi : un temps de réflexion est nécessaire), tout ça, mes enfants, eh bien ils adorent.

Ainsi, dans un élan de nostalgie pour le moins risible (je ne m’absente qu’une semaine après tout), je suis allée fouiller au grenier de mes archives informatiques quelques perles remisées de longue date par devers moi. Il s’agit d’une mini poignée de répliques qui avaient cette saveur éphémère, vous savez de quoi je parle ? Je voudrais les partager ici juste pour savoir – oui, on peut être honnête avec une mère-  si ça vaut son pesant de M&Ms ou bien juste… de Dragibus.

  • Exalté, transpirant, jouant aux avions avec son copain : « On voyage sur la compagnie  Air Devacans ! »
  • En voiture, blondinet siffle et je l’interromps pour lui demander quelque chose. Cinglant : « Laisse-moi siffler dans mon bonheur ! »
  •  Rangeant péniblement sa chambre, il vient vers moi pour me tendre un jouet qui ne lui appartient pas, hors de question de  s’en occuper… : « ça, c’est ton avenir », me dit-il.
  • En quittant son arrière-grand-mère, à Paris, l’enfant lui crie, à travers les hoquets de l’antique ascenseur à la porte en accordéon de bois : « Au revoir Grand-Maman ! Et bon appartement ! »
  • Le petit gars, qui affiche cinq printemps et une dent en moins, dit, dans l’assaut d’une prise de conscience où s’entremêlent l’indignation et l’inquiétude : « Mais je ne connais pas encore New York ! »
  • A un ordre parental des plus ordinaires, elle rétorque : « Pas maintenant. Moi aussi, j’ai le droit d’avoir ma vie. »

Il me semble que seuls les petits enfants et la musique savent vous ramener à l’instant présent et vous y faire rester un peu. Ils créent une unité de temps sans artifices.