ferry gauchet

 

Qui ne connaît pas cette citation de Malraux :”Le XXIème siècle sera spirituel ou ne sera pas“. Variantes possibles : religieux, mystique… Bien sûr, on sait aussi que l’authenticité de cette phrase fait débat et l’on souhaiterait peut-être que j’en donne un avis de l’intérieur. Je n’en ferai rien, n’en ayant pas besoin (et sans doute pas les moyens)  car ce qu’il signifiait réellement, il l’a déjà dit à Pierre Desgraupes en 1975 dans Le Point « Je n’ai jamais dit cela, bien entendu, car je n’en sais rien. Ce que je dis est plus incertain. Je n’exclus pas la possibilité d’un évènement spirituel à l’échelle planétaire ».

En tout état de cause, eh bien au XXI ème siècle, nous y sommes. Et force est de constater que partout, l’on assiste à un essor des “éveils” spirituels et religieux, et que ces prises de conscience tournent à l’affrontement. L’époque contemporaine, paradoxalement, est donc celle de la quête de sens et de dépassement  de soi, mais cette quête post-moderniste où prime l’épanouissement des individualités est guetté par l’obscurantisme le plus primaire sous la forme des fondamentalismes. Chacun de nous ressent à la fois la contagion de ce besoin de sens et le danger que représentent les dogmes spirituels qui s’imposent comme dominants.

Pour éclaircir ces questions et ouvrir des perspectives d’avenir qui ne soient pas celles du chaos et du choc des spiritualités, je recommande vivement la lecture de l’ouvrage “Le religieux après la religion”, de Luc Ferry et de Marcel Gauchet. C’est en fait la retranscription d’un débat ayant eu lieu à la Sorbonne en 1999, opposant radicalement les deux penseurs, autour du constat que l’on assiste en même temps à la mort de Dieu et au retour du religieux. Pour Ferry, notre humanité devient celle d’un “homme-Dieu”, où la religion peut trouver sa forme la plus authentique, une religion qui resterait à bâtir et qui serait conforme à l’aspiration humaine. Pour Gauchet, il existe une interprétation non religieuse de la transcendance. On vit plutôt l’avènement d’une humanité de l’homme sans Dieu. Il souhaite plutôt définir ce que peut-être la quête de sens dans un monde désenchanté. Les deux philosophes s’affrontent brillamment et défendent leurs positions en jetant leurs lumières sur ce qui peut nous arracher à la finitude de notre condition. Passionnant débat que celui  portant sur la place du sacré à l’âge laïc ! Une grande source d’inspiration.