Colette

 

 

Ce “Bella Vista”, j’aurais voulu l’entendre lu par son auteure, Colette, qui avait gardé de sa Bourgogne natale ce roulement des “r” tombé aux oubliettes de la langue française depuis un nombre respectable de générations. Versant à la paresse et à la luxure, fertile dans son imagination et sa capacité à faire voyager ses lecteurs, incarnation de l’amateur de bonne chère, Colette se disait – en rapport avec les attributs précédents – accablée d’une faible propension au travail, pourtant son œuvre est imposante.

Moins connu que “Gigi”, “Dialogue de bêtes”, Claudine à l’école” ou “Le blé en herbe”, “Bella Vista”, recueil de plusieurs nouvelles mordantes, parsème autour de celui qui le porte à son regard quelques déroutantes vérités sur l’ambivalence des désirs. Le jugement sur simples apparences y ressort foulé aux pieds et la nature humaine décortiquée dans toute sa complexité. Et qui mieux que Colette a su décrire l’amusement suscité par les animaux domestiques, usant de l’anthropomorphisme le plus à-propos pour narrer les états d’âme de sa chienne Pati. Si l’on revient à “Bella Vista”, c’est la première des nouvelles, qui porte le nom du recueil, que j’ai préférée. On y découvre un étrange couple lesbien dans un hôtel un peu spécial de la Côte d’Azur, en saison creuse, évoluant parmi une poignée de clients dont Colette, “Madame Colette”, fait partie.

Le genre de l’autofiction est ici trompeur, car si le récit est raconté à la manière de souvenirs personnels, il n’est que pure fiction et le lecteur est si bien manipulé qu’il se sent rien moins que gratifié de confidences intimes. Celle qui disait qu’il faut “avec les mots de tout le monde écrire comme personne”, excelle à faire voir le monde à travers un voile de légèreté, de délicatesse, d’humour et de sans-gêne. Le reste du recueil évoque à la fois l’univers du music-hall, de l’Afrique du Nord, de la campagne bourguignonne et des déménagements successifs de Colette. On déménage, nous aussi, à une époque où les plateaux étaient portés avec une rose à la boutonnière et où l’on ne se tutoyait que dans l’intimité…

 

 

Colette Music hall