Comment se fait-il que l’on s’embourgeoise aussi facilement, non seulement avec le temps, mais avec la parentalité ? Quand je dis « embourgeoisement », je ne parle pas d’une catégorie sociale mais d’un certain conservatisme qu’on refuse d’admettre mais bon…  Première victime du fait (et Dieu m’est témoin que je ne pars pas de trop loin, socialement parlant), je le déplore pourtant et ce pour une raison majeure : l’embourgeoisement va généralement de pair avec une anesthésie de l’esprit critique, une résignation voire une acceptation franche des grandes lignes qui forment le cadre de notre société, et une confortation réciproque – au sein d’un groupe d’embourgeoisés – sur un ensemble de choix essentiellement guidés par l’envie de confort, le désir d’entre-soi, la tentation de briller, la peur de l’insécurité, bref une légère flemme intellectuelle qu’il est rassurant de retrouver chez l’autre.

Alors que l’on pense avoir dépassé les étapes d’apprentissage de la vie et se situer en pleine possession de sa destinée, fort de ses certitudes, il m’apparaît que ladite vie n’en vaut qu’à moitié le terme, l’autre moitié méritant davantage le substantif de retraite bien-pensante. Bien sûr, il y a les aléas de la vie, les séparations, les divorces, les déménagements, les décès, les changements de cap, les pétages de plombs. Mais finalement, est-ce que le retour à un bercail douillet, connu, chaleureux n’est pas la destination ultime que reprendront tôt ou tard ces parenthèses dont la traversée aura été tout autant un réapprentissage jouissif qu’un tâtonnement obscur et effrayant ? (une sorte de retour vers l’adolescence, quoi)…

famille-lequesnoy_lavie est un long fleuve tranquille

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Je m’interroge sur ce fait d’embourgeoisement sans prétention sociologique aucune, mais en constatant avec la plus grande innocence (et m’incluant dans l’échantillon) que la plupart de mes congénères bipèdes ayant procréé et se trouvant responsables de mini-eux (et ce plus que jamais à l’ère des réseaux sociaux) âgés de 0 à 17 ans évoluent progressivement vers des modes de vie que l’on aurait pu décrire chez leurs propres parents. Je sais, c’est dur. Mais on ne peut nier que vouloir être propriétaire de son appartement, posséder une voiture familiale/plus grande/grosse, ou encore une maison de campagne/Bretagne/montagne, tout en réduisant au maximum la prise de risques, cela procède certes d’un besoin de confort appréciable quand on a des enfants, mais aussi d’un appel statutaire qui se fait – inconsciemment – plus fort que jamais au moment où l’on ancre la construction de sa cellule familiale dans ce monde. J’avoue, je schématise un peu. Mais il y a de l’idée, non ?

La question que je me pose (bis repetitas) est donc : pourquoi reproduit-on si facilement les codes de cet embourgeoisement, que l’on a peut-être connu dès sa plus tendre enfance mais que l’on a tout aussi volontiers bravés, enjambés, reniés, calomniés ? Est-ce parce qu’à l’heure où il faut embrasser cette mission parentale d’éducation, de transmission d’une histoire familiale, de façonnage d’un être que l’on souhaiterait secrètement un peu semblable à soi-même en mieux, ces codes nous semblent tout à coup justes, enviables, exemplaires ? En partie, sans nul doute. Et pour les autres ? Par facilité, peut-être, c’est-à-dire par manque d’envie de penser. C’est que penser, ça prend du temps. Et le temps, on en n’a pas des masses (surtout qu’avec toutes ces tablettes et écrans, ça devient de moins en moins nécessaire et en plus, penser c’est long, solitaire et chiant).

Pourtant, je trouvais ça bien, moi, de refaire le monde… La reproduction sociale au XXIème siècle vue de l’intérieur, ça ferait un bon sujet d’études, non ?

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