En cette période de vacances, qui devrait, en un monde idéal, être synonyme d’aventure, de culture, et même de beauté, trois grâces nécessaires à la fabrique de moments mémorables, je voudrais dire un mot desdites lectures de plage. Oui, ce livre qui traîne dans un sac, dont les pages sont garnies de sable et les coins cornés, mais dont le flyer de soirée qui lui sert de marque-page peine à égaler la vitesse de reproduction des lendemains d’apéro arrosé…

Les lectures de plage sont un mythe, notamment pour les jeunes parents, plus occupés à surveiller leur progéniture ou à chercher ce sommeil réparateur égaré on ne sait où (mais on sait quand) qu’à tenter une dangereuse immersion littéraire. Pourtant, pour la survie de l’intellect, il faut bien que quelques idées traversent les crânes anesthésiés par la baisse de pression, et je fais ainsi le vœu pieux (mais pas bien-pensant) que ces quelques livres accrocheront l’attention de ceux qui ne sont pas dans la situation sus-décrite.

Aujourd’hui, puisqu’il faut commencer quelque part, voici mon livre du moment (aux coins encore neufs): « Travels with Charley », de John Steinbeck. Le grand témoin de l’Amérique, attaché à la terre mais aspirant à voler, y décrit sa dernière expédition, en 1962, à travers les paysages d’Oncle Sam, à bord d’un mobil-home nommé Rocinante, du nom du cheval de Don Quichote, en compagnie de son chien, Charley. La nostalgie et le besoin de raconter les rencontres humaines sont prégnantes, dès les premières pages. La terre y est décrite avec autant de talent (du romancier) que de précision (de reporter). Steinbeck était déjà malade, quand il a entrepris cette épopée, et il a sans doute souhaité, plus qu’une mise à jour de son regard sur les États-Unis, voir les grands espaces de son pays une dernière fois. Son récit en est d’autant plus émouvant.

D’autres idées me viendront, je pense (enfin, j’espère). Et vous, quelles sont vos tentatives de lectures de plage ?

*Voyage avec Charley – J. Steinbeck (1962).

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