Au bord du fleuve Sacramento, qui jadis lui servait de route commerciale à ses bateaux à aubes, Sacramento ne garde de la ruée vers l’or que quelques pépites qui ne devraient pas endommager votre dentier. L’une de ces pépites est le Crocker Art Museum, le plus vieux musée de la ville abritant la collection particulière du juge Crocker – en soi pas passionnante – mais surtout une piquante rotation d’expositions, conçue pour “promouvoir la conscience de l’expérience humaine à travers les arts”. Arrivée après un marathon caniculaire, flanquée de ma petite famille aux pieds douloureux, il nous restait moins d’une heure pour découvrir la concoction du moment.

Pour nous consoler de notre fatigue, le Crocker Art Musuem proposait une exposition sur l’art de l’origami, ce qui contenta tout le monde et se révéla un rafraîchissement plus efficace et durable que tous les Starbucks réunis. Je me suis sentie transportée par l’énergie que diffusent les infinies possibilités créatives de l’art du pliage et son puissant rayonnement sur l’ensemble des arts, de l’architecture et du design.

“Sails”, par l’Américaine Jeannine Moseley

Et de toutes ses qualités, cette exposition sur l’art de l’origami m’a fait ouvrir les yeux sur un point. Ce que j’ai préféré,  de toutes ces créations si étonnantes, si perfectionnées,  si délicates, le plus souvent élaborées sur une seule feuille de papier non découpée,  c’était l’œuvre dépouillée et poétique d’un Japonais célébrant le pliage initial, le geste le plus simple (évidemment sur un papier sublime, mais je n’ai pas de photo ici, hélas).

Il m’a semblé que, de la même façon,  l’aspect crucial du travail de l’auteur se trouvait là, au cœur de cette vision. La promesse d’une histoire est déjà l’aube du roman/nouvelle/ texte et le sceau de cette promesse, c’est peut-être la seule et unique  et très personnelle question à laquelle l’auteur se propose de répondre.  La question de l’auteur est pour moi ce pli de base de l’artiste d’origami.

Et vous, quelle est votre question ?