http://frenchweb.fr/le-marche-du-livre-numerique-en-10-chiffres-cles
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Quand la pression commerciale liée à une aventure littéraire est telle que le livre, fruit d’un travail d’abord personnel puis d’équipe, devient un objet commercial comme un autre, il y a, je crois, de quoi s’interroger. On arguera que la seule réalité qui prévale, dans l’édition, est bien sûr celle de l’entreprise, obéissant à une loi de rentabilité permettant à cette maison d’édition d’exister de façon pérenne, sous une identité bien distincte, bâtie par des choix d’auteurs bien spécifiques. Nul besoin de sortir d’HEC pour en convenir.

Pour beaucoup de maisons d’édition, cela veut dire une minuscule poignée de blockbusters qui financeront toute une manne d’ouvrages publiés pour des raisons diverses, dont le talent de leur auteur parfois, le plus souvent destinés à demeurer dans une relative obscurité et à représenter, en termes comptables, une perte d’argent. Pour d’autres maisons d’édition, plus modestes, il n’y a d’autre choix que l’audace et une maîtrise achevée de l’art de la communication. En effet, sans droit à l’erreur, chaque livre publié se doit d’atteindre un objectif de ventes susceptible de convaincre les actionnaires de rester dans le capital de la société. Si ces structures plus humaines ont l’immense mérite de porter des auteurs et des thèmes en lesquels elles croient sincèrement, le moment de la publication y suscite une semi-hystérie – proportionnelle à l’enjeu de l’investissement – lors de laquelle sont foulés au pied les raisons mêmes pour lesquelles le livre a été publié. Le livre doit se vendre, c’est l’intérêt de tous. Et la fin justifie les moyens.

Le livre devient alors un objet, qui, comme tout objet, est passé par une chaîne de fabrication. Les mains (et cerveaux) ayant participé à la création ainsi qu’à la production dudit objet n’ont pas le droit de cité. Ce qui compte, c’est ce que l’on dira de cet objet, ou de ce livre, pour le vendre. C’est là que commence l’art du story-telling. On raconte une belle histoire qui fera vendre. Les ouvriers chinois ont un salaire, certes pas mirobolant, mais ceci est une considération du monde occidental, et, tout comme eux, les auteurs de livres touchent des droits, pas mirobolants non plus (ceci étant également une considération du monde occidental). Plus on produit/vend, plus on est payés. La seule différence entre l’ouvrier chinois et l’auteur, concédons-le, se situe du côté de la propriété intellectuelle. L’ouvrier n’a pas le sentiment de posséder quoi que ce soit concernant l’objet qu’il produit. Il ne s’y identifie même pas, c’est un gagne-pain comme un autre.

Mais l’auteur, étrangement, si. Il y a quelque chose de lui dans le livre écrit qui, au stade où l’on considère que tout est bon dans le cochon, grince un peu. Susceptibilité d’auteur ? Ego mal placé ? Tout dépend du point de vue, si c’est celui de l’éditeur ou celui de l’auteur. Celui qui manque, c’est celui du lecteur. Mais comme (presque) tout consommateur, il se fiche sans doute un peu de ce qui se passe en amont de l’objet qu’il tient entre les mains…

Comment savoir ce que pensent la plupart des lecteurs de la surabondance des sorties de livres et des motifs qui président à ces choix ?