Alors que j’initiais ma fille à la couture, puisque un Père Noël non identifié (un PNNI, quoi) lui a déposé un poney à coudre tout à fait charmant voire un brin rock’n roll mais pas tout à fait accessible à ses petites mains, je me suis souvenue des séances d’apprentissage de couture auxquelles nous avions droit dans mon école de filles, en CE2. On apprenait différentes techniques de points, puisqu’il ne faisait aucun doute que nous étions promises à un mariage au cours duquel ces points nous seraient fort utiles (en ce qui me concerne, il ne m’en reste presque rien, je l’ai encore vérifié cet après-midi)… Des cours de couture en primaire, cela paraît si dépassé aujourd’hui ! Si vieux, antédiluvien, macho, vieillot, obsolète, outdated enfin bref… A l’heure où l’on débat du mariage pour tous, j’en suis à me demander quel âge j’ai vraiment. Je suis pourtant de cette génération pour qui « Pas de pitié pour les croissants » ou « Ken le Survivant » évoquent quelque chose de précis, presque aussi fort qu’un souvenir olfactif, mais surtout quelque chose de pas plus lointain que les tickets de métro à 6, 50 francs. Remarquons tout de suite que je n’en garde aucune nostalgie, juste un constat : 25 ans, c’est le temps nécessaire pour changer une société.

Si d’aucuns préfèrent défiler dans les rues l’air morose, je me concentre sur l’idée qu’un brin de travail manuel – plutôt pas la couture d’ailleurs -, offre, de temps à autres, un ancrage bien précieux. J’en veux pour preuve ce philosophe agriculteur, Nicolas Beaufils, qui raconte ici un retour à la terre plutôt ascétique, cet autre philosophe garagiste, Matthew B. Crawford, qui a commis, il y a quelques années, un « Eloge du carburateur » ou encore ce philosophe artisan, Richard Sennet, qui revalorise « Ce que sait la main ». Ce que sait la main/le corps, on est aujourd’hui assez ouverts pour comprendre que c’est important, qu’il y a là une richesse capable de donner du sens à notre petite planète, au-delà des institutions, au-delà d’une morale.

Dans l’amour (d’un couple, parental, etc.), on retrouve également cette vérité, ce dépassement du corps qui dépasse l’esprit sans l’anéantir. Et cette vérité-là n’appartient à personne, ni à un sexe, ni à un standard, ni à un ordre. Cette vérité est offerte à tous et elle est a priori bénéfique. C’est assez simple, finalement, presque plus simple que la couture, non ?