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La laïcité, on n’a plus que ce mot à la bouche. Sommes-nous bien laïcs ? Chacun fait ou croit faire son examen de conscience. Et pratique volontiers des procès d’intention, le plus souvent sans grandes conséquences. Les couteaux s’affutent, chacun se voit sommé de choisir son camp, et bien que les belligérants prisent souvent davantage le plaisir d’argumenter que l’attachement à leurs idées, quelques voix d’intérêt sortent du brouhaha ambiant.

 

D’un côté, Elisabeth Badinter pourfend la bien-pensance en lançant tout récemment dans Marianne – bien que ses prises de position sur la question ne datent pas d’hier-, un consistant pavé dans la mare : elle renvoie la gauche à ses contradictions et reculades sur les valeurs laïques qui forment son socle le plus ancien et, par là-même, lui demande d’admettre sa responsabilité dans la dérive d’une société où chacun existe non pas parce qu’il pense (“Cogito Ergo Sum” comme l’affirmait Descartes), mais par ce qu’il croit : “Credo Ergo Sum“.

 

De l’autre, cris d’orfraie de Jean Baubérot, Professeur émérite de la chaire « Histoire et sociologie de la laïcité » à l’École pratique des Hautes Études, qui accuse Badinter de se faire l’avocat du diable, de lepeniser la laïcité, de n’avoir rien compris à la signification de la laïcité historique, de détester tout bonnement les religions et de vouloir cantonner les pratiques religieuses à la sphère intime. Pire, Badinter ne traite pas toutes les religions de la même façon, les catholiques sont trop épargnés : “Madame Badinter reproche à la gauche d’émettre «l’équation suivante: défense de la laïcité égale racisme»; mais promouvoir cette laïcité-là, dévoyée, falsifiée, c’est effectivement du racisme ou du moins de la xénophobie: quand les JMJ se sont tenues à Paris, ou lors de la venue de Benoît XVI, avec une grande messe sur le champ de Mars où assistaient maints ministres, l’extrême-droite a-t-elle crié à l’atteinte à la laïcité? Non, et elle ne le ferait pas plus aujourd’hui qu’hier car elle tente de récupérer le catholicisme comme élément identitaire, comme racine culturelle de la Frrrance. Elle n’est pas la seule d’ailleurs: c’est une vieille idée nationaliste depuis Maurras.

 

L’article de M. Baubérot date de 2011, alors que celui de Marianne, ouvrant ses pages à Elisabeth Badinter date de l’après-Charlie. Cela fait tout de même une différence, il me semble, quoique les deux articles méritent d’être lus. Pour ma part, n’ayant pas plus d’affinités avec les idées d’extrême-droite qu’avec les grenouilles de bénitiers, je me demande tout de même pourquoi il est obscène de dire que le catholicisme fait partie des racines historiques et culturelles de la France. Le christianisme, devrait-on dire. Mais est-ce pour autant un gros mot ?

 

Ma compréhension de la laïcité dans l’espace public m’entraîne plutôt vers une zone de neutralité dans laquelle les signes ostentatoires d’appartenance religieuse ne sont pas les bienvenus car ils deviennent des signes distinctifs, donc de séparation des individus. La réalité de la laïcité, c’est qu’elle est très complexe à mettre en œuvre, où que l’on soit dans le monde. Et il me semble que la France, jusqu’à ces dernières années, s’en sortait plutôt bien. Jusqu’à la montée progressive,  d’autant plus insidieuse que niée par ceux qui craignaient de faire le jeu de l’extrême-droite, du fondamentalisme islamiste.

 

Le débat sur ce que doit être une société laïque n’a donc pas fini de s’imposer à nous, et parfois avec la plus extrême violence, hélas. C’est la raison pour laquelle le livre “Comment parler de religions aux enfants” (Véronique Westerloppe – Editions Le Baron Perché – 2010)  me semble intéressant. Son préambule rappelle que Régis Debray, dans “L’Enseignement du fait religieux dans l’école laïque” (un rapport au Ministre de l’Éducation nationale en 2002), insistait sur le fait que l’on ne pouvait séparer principe de laïcité et étude du religieux. Très didactique, ouvert à toutes les religions, portant un regard objectif sur les grandes questions d’histoire et de dialogue, cet opuscule est un incontournable, et pas que pour les petits !