N’en déplaise aux inconditionnels des grandes résolutions, 2013 pour moi, c’est surtout beaucoup de continuité, notamment dans mes thèmes de prédilection et d’enquête… Bien sûr, la créativité fait partie des dossiers du haut, que je compulse sans laisser le temps aux toiles d’araignée d’agir. C’est ainsi que pour inaugurer cette nouvelle série d’interviews, c’est à Kitty Holley *, artiste talentueuse qui, à travers ses recherches, voyages et expériences autour de la danse, des corps, des croyances et de la science, construit une œuvre passionnante autour du mouvement, de la mutation, de la continuité et du renouvellement. Une belle énergie dédiée à la compréhension des forces qui soutiennent la vie. Elle répond ici à nos questions. Merci Kitty !

1/ Qu’est-ce que la créativité à tes yeux ?

La créativité est cette capacité à inventer un autre regard sur le monde et en même temps c’est cette « nécessité intérieure » dont parle Kandinsky. Elle naît d’un besoin de modifier la réalité pour la rendre conforme à une part de nos aspirations, de nos rêves et de nos désirs.

2/ Quelle est la part de créativité nécessaire dans le “labeur” quotidien d’un artiste ?

Pour moi il n’y a pas de créativité nécessaire dans le labeur quotidien. Il y a juste un éveil de la conscience sur la part infime qui intéresse, qui avalise le chemin de l’artiste. Tout ce qui peut apporter une pierre à l’édifice qu’il construit. Cela peut être aussi bien une phrase dans un livre, un nuage dans le ciel, une musique entendue à la radio, des propos entendus dans la rue. Tout peut servir à l’artiste à tisser sa toile.

3/ Comment être créatif quand on doit être créatif ?

Bien entendu il est possible de se mettre en condition pour être créatif. C’est un processus, comme une entrée au monastère. On se débranche du monde pour se connecter à son moi profond. Cela demande une sorte d’ascèse physique et mentale. En ce qui me concerne, je commence une sorte de régime alimentaire, je marche des heures dans Paris, je ne vois plus personne. J’essaie de trouver au moins quinze jours ou un mois de quasi solitude.

4/ On cherche tous les leviers de notre propre créativité. As-tu identifié des lieux/personnes/moments nourrissant ou ressourçant ta créativité ?

Discuter avec d’autres artistes, voir des expositions, assister à des chorégraphies, écouter des concerts, lire certains livres traitant des recherches en cours, tout concourt à nourrir la créativité.

5/Parviens-tu à mettre ce ressourcement en œuvre sur commande, quand tu en as besoin ?

C’est un ressourcement permanent, une curiosité de chaque instant, cela peut advenir même quand on ne s’y attend pas.

*Prix Pierre Cardin 1996 Académie Française des Beaux Arts de Paris