En exclusivité, voici quelques extraits de mon humble contribution au beau livre d’aquarelles de Florence Badetz, intitulé “Habitations des îles”, à paraître à la rentrée. Les textes sont d’Alain Duteil pour toutes les peintures de demeures coloniales. Je suis intervenue pour narrer l’esprit de sa partie “carnet de voyages”.

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Extraits…

“Jamais bien assis, jamais bien à l’ombre… S’installer pour croquer un paysage n’est jamais bien confortable. Cette gourmandise de l’instant, cette nécessité d’imprégnation vous saisit comme une injonction fortuite. Pourquoi ici et pas là ? Pourquoi maintenant et pas tout à l’heure ? Croquer une scène ne procède pas de la raison mais de l’instinct, et les couleurs s’installent dans vos mains avant même que vous n’ayez trouvé une marche pour vous asseoir…

Ombre ou soleil, mouvement des brins de lataniers ou des palmes géantes, les couleurs des maisons créoles, en hommage à la vie, se parent de mille jeux qui soulignent leur appartenance à la palette diaprée de la Caraïbe : céruléen des fonds de lagons, rouge sang flamboyant, fuchsia bougainvillier, vert manguier… On imagine volontiers un sourire d’enfant prêt à surgir derrière ces persiennes aux reflets d’azur, l’appel maternel au repas dominical, le fumet gourmand d’un colombo, la queue touffue d’un chat poussant la porte.

Quand le temps de s’éventer sera venu et que le jour confiera ses heures chaudes à l’intimité des alcôves, quand les mangues donneront tout leur velours et que l’on guettera le quénettier du chemin, alors les arbres se couvriront de feu et se feront appeler flamboyants. A quoi bon se cacher, alors, derrière d’aveuglants murets de chaux ? Guidé par un tapis rouge, le promeneur, attiré par ce brasier végétal, viendra scruter à toute heure le mystère de la case silencieuse.

Matin de renouveau sur la petite case de bois léger, de bois mangé, de boit peint et repeint jusque dans ses découpes et dentelles. Le soleil est doux, il fait encore bon laisser la lumière filtrer entre les cils au sortir de ses rêves en ce matin de demain ou peut-être de l’aube des temps. Case éternelle, rebelle aux tremblements de la terre et des hommes.

L’insularité prend tout son sens lorsque le mouvement ne s’imagine qu’en barque ou à vélo, lorsque les couleurs de la terre et de la mer dominent le champ de vision, lorsque portes et fenêtres restent entr’ouvertes à toute heure et que les animaux ne gênent personne sur la plage. L’insularité, c’est la sanctification de l’ombre, la courtoisie d’une proximité d’un autre temps, la retenue des grands solitaires.”

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