Dieu sait qu’on a parlé de changement en 2012, voire « maintenant », geste à l’appui. Mais au lieu de mains fendant l’air avec la plus grande facilité (élégant croisement gestuel entre l’oracle de la boule de cristal et le rappeur débutant), n’aurait-il pas été préférable, pour les dieux, de choisir une bonne grosse roche et de se la caler sur le dos ? Je ne sais pas pour vous, mais le changement me fait davantage penser à Sisyphe qu’à une flash mob. C’est mon côté grec, sans doute (j’aime aussi le tzatsiki mais ma grequitude ou greek attitude s’arrête là, surtout par les temps qui courent). Sisyphe était un homme intelligent qui avait offensé les dieux en se dérobant à Thanatos, dieu de la Mort. Ainsi, il fut condamné à demeurer aux Enfers, dans le Tartare, la prison cosmique des Titans et des dieux vaincus, et y accomplir la tâche éternelle de faire rouler un rocher vers le haut d’une colline puis à recommencer à l’infini.

Je dois à mon ami Alexandre Stipanovich la lecture, encore lycéenne, du livre de Camus, le « Mythe de Sisyphe ». Et c’est bien le regard d’Albert Camus sur ce mythe qui m’interpelle. Dans sa réflexion sur l’absurdité de la condition humaine, Camus évoque différentes options. Le suicide, qui n’est pas une solution puisque c’est le néant. L’espoir, hypothétique chimère, dont on ne peut rien attendre. Et puis la liberté. C’est là que l’on comprend que Sisyphe est le mythe du bonheur plus que celui de la malédiction. Il est le mythe de l’éternel recommencement, de la révolte, de la conscience et du cheminement plutôt que de l’aboutissement. C’est le mythe l’homme face aux questions existentielles, obligé d’avancer dans le doute, et c’est cette conscience de sa grandeur qui peut le rendre heureux.

Pour résumer, en 2013, ce que je vous souhaite, c’est de cheminer en toute conscience, mais contrairement à Sisyphe, sans trop de kilos à charrier.

*Happy New Year !

 

In 2013, Sisyphus wishes you « ευτυχισμένο το νέο έτος* »

God knows we talked about change in 2012, with the “change now”  as a gesture of support (as a reference to President Hollande’s campaign video, whose slogan was “Change is now”). But since we’re into symbols, instead of hands easily slashing the air in opposite directions (looking like some crystal bowl meditation posture with a touch of rap dance at the beginner stage), it might have been preferable, to the Antiquity Gods, to choose a good old rock and stick it on your back… I don’t know about you, but in my mind, change, although abstract, evokes more of Sisyphus than of a flash mob. I guess this must be my Greek side (I also love Tzatziki but my Greek attitude doesn’t get any further, especially these days). Sisyphus was a smart man who had offended the Gods by fending Thanatos off, which was very defiant since Thanatos was the God of Death. So Sisyphus was sentenced to remain in the Underworld, in Tartarus, the cosmic prison of defeated Gods and Titans, and to roll a large boulder up a mountainside which when he almost reached the crest, rolled away from Sisyphus and back down repeatedly. This supposedly bound Sisyphus to an eternity of frustration.

 Thanks to my friend Alexandre Stipanovich, I read “The Myth of Sisyphus”, by Albert Camus, when I was in high school.  And this is Camus’  view on this myth that interests me. In his reflection on the absurdity of the human condition, Camus evokes different options. First, suicide, which is not a solution since it is nothingness. Then comes hope, a hypothetical chimera of which we can’t reasonably expect anything. Then there’s freedom. And this is where we understand that the myth of Sisyphus may be more about happiness than about a form of curse. It is the myth of eternal resumption and revolt. A myth making the outcome much less interesting than the consciousness along the journey. This is the myth of man facing existential issues, forced to move on in doubt, and this awareness of his greatness only can take him to a place of happiness.

To summarize, in 2013, I wish you a beautiful journey in full conscience, but unlike Sisyphus, without the extra pounds to haul.

*Happy New Year!