venus noire

 

Alors qu’enfle la polémique sur l’exposition Exhibit B de l’artiste sud-africain, Brett Bailey, exposition de tableaux vivants portant sur le thème des zoos humains qui doit être présentée au Théâtre Gérard-Philipe de Saint-Denis puis au 104, j’achève par coïncidence le visionnage d’un film appelé “We came to dance”, de Didier Volckaert, qui traite exactement du même thème.

J’ai le sentiment que s’opposent deux conclusions partant d’un même constat. Sur le fait que l’histoire de l’exploitation de l’homme – toujours minoritaire, en situation de faiblesse, accablé de tares physiques ou tout simplement différent-  par l’homme est terrible et regrettable, tout le monde semble d’accord. Sur l’analyse que l’on peut en faire, en revanche, les avis divergent. La première conclusion est celle des tenants de la censure de l’exposition de Brett Bailey : cette histoire est choquante et elle appartient aux peuples ou aux groupes de personnes qui en ont été victimes (ou plutôt à leurs descendants plus ou moins lointains). On ne peut en parler sans susciter de vives réactions. Pourtant, l’objectif de Brett Bailey est bien d’en appeler à cette indignation intérieure, de remuer les tripes, d’ajouter à l’émotion. Et pourquoi pas, du reste, n’est-ce pas la vocation de l’art ?

La seconde conclusion est qu’il s’agit de l’histoire de l’humanité, une histoire que l’on ne peut lire à la seule lumière de notre morale actuelle mais qu’il faut recontextualiser si l’on veut tenter de trouver une justesse de regard dépassant l’aspect purement émotionnel. Pour les gouvernements et les décideurs politiques du XIXème siècle, l’exposition de peuples colonisés servait d’une part à faire connaître une sorte d’exotisme aux sociétés occidentales mais aussi à asseoir l’idée d’une supériorité de civilisation. Pour les peuples occidentaux, les expositions universelles étaient l’occasion de se divertir et de satisfaire une curiosité – saine ou malsaine, la frontière est poreuse -, à une époque où l’on ne voyageait pas et où l’on connaissait peu de choses du monde, de la nature, de l’anatomie, des particularités physiques et même de la reproduction. Dans ces expositions, on y voyait toutes sortes de choses, d’expériences scientifiques, de démonstrations, mais aussi des bêtes de foire dont on ne peut que deviner le calvaire.

La tentation d’une histoire moralisante est forte, mais il faut lui reconnaître sa part de faiblesse. Dans cent ans, voire peut-être moins, nos hypothèses scientifiques, notre morale, nos modes de vie, nos reality-shows paraîtront sans doute aussi critiquables que ridicules.

Au passage, aujourd’hui, la misère pousse encore l’homme à utiliser ou à exhiber son corps pour gagner de l’argent. Au jeu du zoo humain, les règles ont donc un peu changé, mais il y a toujours des participants.

PS : La chorégaphe Chantal Loïal a créé un spectacle autour de la Vénus Hottentote qu’elle présentera le 4 décembre prochain à Saint-Louis de Marie-Galante, avant la projection du film ”We came to dance” de Didier Volckaeert, cité plus haut, qui donnera ensuite lieu à un débat que j’animerai !