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Mon livre du moment : “Le Tour du monde d’un sceptique”, d’Aldous Huxley

Posted on May 1st, 2014

aldous-huxley

Une âme-sœur m’a récemment tendu plus qu’un livre : sans le savoir, elle m’a fait voir un projet de vie. Avec  le “Tour du Monde d’un sceptique” d’Aldous Huxley, j’ai découvert une chronique de voyage qui, bien que datant de 1926, reste d’une étonnante actualité. Elle démontre à la fois la continuité de l’expérience de l’homme à travers les générations et l’importance de porter un regard humble, empreint d’humanisme et de respect aux cultures que l’on découvre. La quête de vérité, commune à l’humanité, est en effet un immense chemin peuplé de surprises, où l’esprit sceptique, malicieux et humoristique fait office d’équipement de survie. Quelques formules y révèlent les visions du futur auteur du “Meilleur des Mondes” : “La majorité des actions humaines ne sont pas faites pour être examinées avec les yeux de la raison“, “Ce n’est que lorsque la société a atténué, et, en grande partie, aboli la lutte pour l’existence personnelle que l’homme de valeur peut donner toute sa mesure“, ou encore : “L’Art n’est pas la découverte de la Réalité, quoi que puisse être la Réalité, ce que tout être humain ignore. Il est l’organisation d’un chaos apparent en un univers ordonné et humain.

Huxley analyse la mutation des valeurs au sein des contrées qu’il aborde avec une intelligence aiguë et une curiosité toute journalistique. Le Britannique parcourt les Indes, la Malaisie, le Pacifique et l’Amérique et narre ses impressions de façon parfaitement sincère, sans filtre, sans auto-censure, mettant en parallèle les arts de vivre, les façons de jouir de la vie, les structures sociétales, faisant de la sensibilité et des sentiments une grille de lecture universelle du monde. Alors que l’époque est encore celle des colonies, la perception d’Huxley est lucide sur les heurts et clivages que sème l’Européen vulgaire dans ces terres, sur l’hypocrisie des politiciens qu’il croise (“Plus il y a d’hypocrisie en politique, mieux cela vaut(…) Sans hypocrisie politique, pas de démocratie“), mais aussi, à Los Angeles, sur l’hystérie des gens, qui n’a pas pris une ride en près de cent ans (“La pensée est bannie de cette Cité de l’Effrayante joie et la conversation y est inconnue“.)

Le titre original du livre (“Jesting Pilate“) évoque la scène biblique durant laquelle Ponce Pilate interroge Jésus, sceptique : “Qu’est-ce que la vérité ?”.

Aldous Huxley- Jesting Pilate

Convaincu de l’importance d”‘essayer de comprendre avant de condamner“, Huxley déploie dans ce livre méconnu tout le potentiel humaniste dont il est alors muni. Fils et petit-fils de scientifiques travaillant sur les théories de l’évolution, il avait cette conviction profonde que chaque être humain naît avec des inclinations positives et porte naturellement en lui le souhait d’une bonne vie commune. Aldous Huxley, également connu pour ses expériences ultérieures avec le LSD, cherchait sa propre mystique, dont ses voyages, ses pratiques méditatives, bien avant l’heure, et en faveur d’une alimentation végétarienne ne sont qu’une des illustrations.

Pour le voyageur, d’aujourd’hui comme d’hier, ce livre est à l’esprit ce que la mélatonine est au jet-lag : un stimulant léger mais qui permet de s’adapter en toutes circonstances. Gardons en poche l’idée que “le fruit de la connaissance et de l’expérience est généralement le doute.”

L’Ennui chez Marguerite Duras

Posted on April 7th, 2014

from http://lesilencequiparle.unblog.fr/tag/marguerite-duras/

Une autre grande du XXème siècle aurait eu 100 ans ce mois-ci (l’autre étant, égoïstement, ma grand-mère Madeleine), c’est bien sûr Marguerite Duras, dont on réentend beaucoup parler (si tant est qu’on ait jamais cessé). Diffusé sur Arte le week-end dernier, le documentaire “Le Siècle de Marguerite Duras” de Pierre Assouline, m’a passionnée en ce qu’il m’a fait réfléchir à une énigme. Dans ce documentaire, Marguerite Duras (disparue en 1996) plaint ceux qui, comme son fils, devront affronter l’après “an 2000”, ce XXIème siècle “qui sera essentiellement caractérisé par l’ennui” (en substance). Notre époque, en ce qu’elle emprunte au matérialisme outrancier et stérile, à l’uniformisation des êtres et des cultures, aux sentiments tièdes et consensuels, à la transparence mièvre, à la vacuité de l’abondance et au politiquement correct en tout, confine en effet à d’inépuisables perspectives d’ennui. Difficile de ne pas ressentir cette vision durassienne autrement que comme transcendance.

Ce que je comprends moins, en revanche, c’est que L’Ennui (devrait-on écrire) est l’un des thèmes les plus récurrents de l’œuvre de Duras : l’ennui de l’existence, l’ennui d’être, celui qui ressemble à la mort, “la vie toute nue quand elle se regarde clairement”*, l’ennui infini, absurde, consubstantiel à l’homme. Suzanne, dans “Barrage contre le Pacifique“**, meurt d’ennui en permanence sans sa grande plaine tropicale. Dans “La Vie tranquille“, Francou est méchante d’ennui. Dans “Les petits Chevaux de Tarquinia“, c’est l’ennui du désir, dans “Moderato Cantabile“, l’ennui du couple et de l’alcool, et ainsi de suite. Qu’être sans l’autre ? Que faire de sa liberté ? Si le thème de l’ennui a tellement inspiré Duras, pourquoi plaindre ceux qui le vivraient pleinement, comme elle le pressentait ? N’aurait-elle pas dû, paradoxalement et si l’on va au bout de la réflexion, les jalouser ? Parler de la postérité comme d’une période qui serait, en soi, inintéressante, n’est-ce pas une forme d’orgueil et de vanité (et d’angoisse) signifiant : après moi, le monde ne peut que s’ennuyer ? Je m’interroge sincèrement.

Sur un thème plus concret, je dévie de mon sujet pour rappeler cette anecdote : “En 1992, après un dîner d’amis où Marguerite Duras a été consacrée auteur le plus surfait du moment, le journaliste Guillaume P. Jacquet (alias Étienne de Montety) recopie L’Après-Midi de M. Andesmas, un des livres célèbres de Marguerite Duras, en ne changeant dans le texte que les noms des personnages et en remplaçant le titre par « Margot et l’important ». Il envoie le résultat aux trois principaux éditeurs de Duras : Gallimard, POL et les Éditions de Minuit. Les Éditions de Minuit répondent à Guillaume P. Jacquet que « [son] manuscrit ne peut malheureusement pas entrer dans le cadre de [leurs] publications »; Gallimard que « le verdict n’est pas favorable »; POL que « [le] livre ne correspond pas à ce qu'[ils] cherchent pour leurs collections ». Le fac-similé des lettres de refus est publié dans le Figaro littéraire sous le titre « Marguerite Duras refusée par ses propres éditeurs »”**

Morale ? Ne jamais s’ennuyer d’écrire (ce qui revient à se décourager), car les éditeurs éditent souvent pour des raisons qui n’ont rien de littéraire.

* P. Valéry in “L’âme et la danse” (1967), cité par Alexandra Saemmer dans “Les Lectures de Marguerite Duras

** le livre de Duras que je préfère

*** merci Wiki et ce lien

De la reproduction des stéréotypes, ici et ailleurs

Posted on March 26th, 2014

https://plan-international.org

https://plan-international.org

Ceux qui me suivent un peu savent que je m’interroge sur ce qui fonde la notion d’identité, le sentiment d’appartenance, moi qui vis au cœur battant de l’archipel de la Guadeloupe, sur une terre d’adoption et d’élection depuis treize ans. Vivre un décalage culturel, social, géographique, incite à la remise en question, change l’ordre d’un univers construit, fragilise et renforce à la fois l’édifice personnel et offre une multitude d’objets de contemplation sur la vision que nous avons les uns des autres, et, juste derrière, sur celle que nous avons de nous-mêmes.

Bien (trop) souvent nous parviennent des idées reçues véhiculées par des personnes (souvent ignorantes) sur telle culture, telle histoire, tel peuple. Ceci est un fait, “a fact of life”, comme on dit en Anglais, qui durera aussi longtemps qu’il y aura des imbéciles sur terre. Autant dire qu’on ne peut pas grand chose pour éradiquer ce type de circulation qui s’apparente à la grippe : elle tue parfois, vous rend malade, change de visage régulièrement, mais tout ce qui nous est permis d’espérer, c’est de renforcer nos défenses et de l’ignorer. Les préjugés sur les Antilles et sur les Antillais, dupliqués et déclinés au fil du temps et de l’espace, souvent insidieusement, on les connaît, et il faut tenter, autant que possible, de les déraciner comme les mauvaises herbes qu’ils sont… En revanche, il y a également, et on la sous-estime largement, une dimension endogène à la reproduction des stéréotypes. C’est bien cette dimension que je souhaite évoquer, car celle-là, elle dépend du regard que l’on porte sur soi, sur son frère, sur sa famille, sur son voisin. Avez-vous remarqué que chaque individu s’accepte plus ou moins comme faisant partie d’un peuple ? Et que malheureusement, cette inclusion du je dans le nous légitime des comportements passéistes, absurdes, injustes, décalés, délétères ? On brandit la tradition, pour dire que “chez nous, c’est comme ça que ça se passe…”, que “ça a toujours été comme ça et ce n’est pas maintenant que ça va changer”, que “dans mon pays, les gens sont comme ceci ou comme cela, c’est normal chez nous”.

Mais parfois, il y a des exemples trop criants d’incohérence pour ne pas les mentionner, car leur portée dépasse de loin l’anecdote. Quand j’ai entendu le responsable d’une grande structure para-scolaire aux Antilles, vieux de la vieille, marronnier des conseils de discipline, rompu aux réunions le dos au tableau noir, aussi à l’aise avec les enseignants qu’avec les parents d’élèves, me dire sûr de lui, le verbe haut, que le parent qui s’était amené l’autre jour à la sortie du lycée pour flanquer une bonne raclée à son fils devant tout le monde – évènement qui n’a rien d’exceptionnel -, n’avait pas perdu le contrôle mais avait tout simplement bien fait, j’ai protesté : que voulez-vous dire ? Depuis quand l’humiliation apporte-t-elle quoi que ce soit ? C’est à ce moment que plusieurs autres parents m’ont assuré, d’une même voix convaincue, que “c’est dans notre culture, une bonne rouste en public et l’enfant rentre dans le droit chemin”, “on me l’a fait et je n’ai pas eu envie qu’on me le refasse”, “ici, il y a des lois qui ne peuvent pas s’appliquer”, “ceux qui ne reçoivent pas de coups, on les retrouve dans les faits divers”…

Ces propos, que l’on aurait certes pu entendre au sein de maintes communautés en ce monde, viennent, rappelons-le, de parents sincèrement concernés par le bien-être de leurs enfants, de parents qui tentent de s’impliquer, de donner de leur temps. C’est donc qu’a fortiori, cette idée reçue : “chez nous c’est pas pareil, y a qu’avec les coups qu’on peut se faire respecter”, est validée  et reproduite, de façon tacite, génération après génération, et d’abord au creux du cercle scolaire, dès le plus jeune âge. C’est là qu’intervient la notion de transmission : est-ce cette conviction que je veux transmettre à mon enfant ? Cette question-là, dans l’échange que je viens de relater, nous n’avons pas eu le temps de l’aborder, mais elle est cruciale car de sa réponse dépend la survie d’un stéréotype endogène qui fait encore très mal.

Mes 5 boosters d’optimisme

Posted on February 26th, 2014

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Difficile d’opter pour l’optimisme, non ? Surtout au pays de Voltaire, où l’on a tendance à professer un cynisme assez satisfait, où l’on grince souvent qu’un optimiste est un pessimiste mal informé. Mais avez-vous remarqué ? “Opter” et “optimisme” ? La racine est la même, et sans surprise ni compétences particulières en latin, on comprend que “optare” évoque le choix. Ainsi, il serait en notre pouvoir de choisir (opter) de voir le monde plutôt comme ceci ou plutôt comme cela.

Ce qui détermine ce choix, c’est un état d’esprit, et cela, c’est plus compliqué à modeler. Mais c’est possible, avant tout si l’on en voit l’intérêt. En fait, le fond de la chose, c’est que l’optimisme suppose la confiance. La confiance que cela ira. Que cela ira mieux, ou que cela ira tout court.  Force est tout de même de reconnaître que si le progrès, au sens politique, ne fait plus rêver grand monde, c’est une notion qui explose sur le plan individuel, à l’heure où l’on se sent plus perfectible que jamais. Une personne relativement optimiste est, quoi qu’on en dise, plus agréable à côtoyer qu’une personne pessimiste. On peut aussi imaginer que la première aura une vie sociale plus riche que la seconde. Et si cette foi en l’avenir était en sus un gage de stabilité mentale ? Ainsi, si l’on pouvait générer de l’optimisme, ce serait sans doute une bonne action, pour soi et pour les autres, non ? Que l’on veuille faire de ses enfants des optimistes, ou, plus généralement pour faire rayonner un état d’esprit positif, je pense qu’il s’agit avant tout d’une faculté de perception. Voici donc mes 5 boosters d’optimisme.

1. Percevez l’étendue des possibles

Sans verser dans une candeur agaçante, si l’on s’encourage (ou encourage les autres) à croire que (presque) tout est possible à force de volonté, on diffuse soi-même un potentiel majeur : le courage de se relever de ses erreurs, de ses déceptions et de ses défaillances. Pas peu de choses…

2. Percevez le pouvoir de la gentillesse

La pratique conscience de l’acte de bonté sans attente de retour, de la patience, de la bienveillance ainsi qu’une attention particulière portée à ces actes venant des autres, au quotidien, est, je crois, le moteur turbo d’un cercle vertueux extrêmement puissant.

3. Percevez la beauté

Est-il chose gratuite plus fascinante que la beauté du monde ? Accessible à tous, il suffit d’ouvrir les yeux, de se libérer, rien qu’un peu, du poids de ses contraintes, pour que la beauté nous submerge et nous mette en lien les uns avec les autres, et surtout, avec nous-mêmes. Aider les autres à voir la beauté est l’étape d’après, et avec un peu d’entrainement, on la voit dans les choses les plus simples et on la partage de plus en plus facilement. En cette ère des réseaux sociaux, c’est un atout ! Et pour les parents, quelle qualité d’échange avec les tout-petits…

4. Percevez la force de la gratitude

Être capable d’identifier régulièrement ce pour quoi/pour qui on ressent de la reconnaissance, c’est un immense pas vers le bonheur, et c’est un des secrets de l’optimisme. Santé, amis, famille, enfants, ou jardin secret, bon livre, fou rire…

5. Percevez la possibilité de dire oui.

Essayez, une fois ou deux, de dire oui, quand vous avez l’intention immédiate de dire non. Jim Carrey, dans “Yes Man”, en fait une caricature inouïe et hilarante (et un peu inégale), et il n’est pas nécessaire de tomber dans cet excès de yessitude pour ouvrir quelques portes dans sa vie et créer un courant d’air fort appréciable.

Avez-vous déjà expérimenté un changement d’état d’esprit lié à un changement conscient de perception des choses ?

PS : On l’a vu, le sourire, ça se travaille, eh bien je vous propose de vous aider à le garder avec l’excellente Sophie Raynaud, qui nous propose un sourire illustré par jour sur son blog : Gardez le sourire

 

Les origines du plaisir…

Posted on February 12th, 2014

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Il y a sur ce blog quelques nourritures à picorer et parfois, je l’espère, quelques plats un peu plus roboratifs. Je parle d’oisiveté,  de retenue sur les réseaux sociaux, d’égo, de créativité, de poésie, de littérature… Mais aujourd’hui, je voudrais parler de plaisir, pas uniquement sur le plan sexuel, mais plus généralement des origines du plaisir. Et si ce que nous ressentions n’était pas d’abord le fruit d’une expérience sensorielle mais plutôt d’une construction morale ? Pour discuter, il faut voir cette conférence TED, donnée par Paul Bloom, un psychologue qui travaille au Mind and Development Lab à Yale, qui m’a semblé très intéressante :

En substance, et c’est ainsi qu’il termine : “The mind is its own place, and in itself can make a heaven of hell, a hell of heaven.” John Milton

– Nous sommes des essentialistes nés (c’est à dire l’inverse d’existentialistes), notre histoire et notre culture détermine ce qui nous semble bon ou mauvais, agréable ou désagréable.

– nos réactions sont conditionnées par nos convictions

– nos plaisirs sont conditionnés par nos croyances.

Et vous, vous en pensez quoi, du fait que notre notion du plaisir ne dépend presque pas de notre libre-arbitre ?

PS : Comment ça, vous ne saisissez pas la pertinence de cette image d’illustration ? Eh bien ce n’est que pure tromperie sur la marchandise !

Mon livre du moment : « Eloge de l’oisiveté »… par Bertrand Russell

Posted on February 6th, 2014

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Il est bon de prendre un peu de distance, parfois, avec un quotidien qui ne laisse, après son œuvre implacable d’épuisement, qu’un vide au bord duquel on ne trouve plus goût à grand chose. C’est ainsi que m’est tombé entre les mains, fort à propos et grâce à un ami bien intentionné qui se reconnaîtra, cet ouvrage sensé qu’est Eloge de l’oisiveté, de Bertrand Russell. Ce n’est qu’un opuscule d’une quarantaine de pages, mais il est sage de le garder sous la main et d’en relire un peu de temps en temps.

Les dictionnaires disent que « l’oisiveté désigne l’état d’une personne qui n’a pas d’activité laborieuse. Selon les époques, selon le contexte, la notion d’oisiveté est associée soit à une valeur, celle de l’otium antique (ou loisir, loué par Sénèque comme le propre de l’home libre) cultivée par l’aristocratie, soit à la paresse, à l’inutilité, dans une société sacralisant le travail. Elle est revalorisée par les sociologues et les philosophes modernes et contemporains comme instrument de lutte contre la productivité déshumanisante. » Cette définition me parait très juste.

Dans ce manifeste social datant des années 1930, Russell remet en question la notion de travail comme vertu, qui serait la cause des grands maux de ce monde. La morale du travail serait une morale d’esclave et le monde moderne n’aurait nul besoin d’esclave. La voie du bonheur et de la prospérité passerait par une diminution du travail, puisque le loisir serait indispensable à la civilisation, et en serait même le corollaire direct. Celui qu’il nomme le Maître de l’Univers, qui n’est autre que le matérialisme dialectique, n’aurait d’autre volonté que de nous asservir en nous berçant d’une fumeuse dignité du travail. Et de rappeler que la classe oisive d’autrefois a quand même permis l’avènement de la civilisation par les arts, les sciences et une réflexion sur les rapports sociaux. Sans elle, l’humanité en serait encore à la barbarie. J’ai relevé avec bonheur une réflexion sur la bonté comme la qualité morale dont le monde a le plus besoin. Et en effet, la bonté est le produit de l’aisance et de la sécurité, non celle d’une vie de galérien. Or, le monde moderne fournit une aisance et une sécurité (relatives, certes).

Russell est un philosophe britannique mort en 1970. Outre ses travaux sur le logique, la philosophie du langage et la théorie de la connaissance, il a souhaité construire une pensée rationaliste, qui s’adresse au plus grand nombre, prônant des idéaux peace and love qui font cruellement défaut dans notre société ultra-matérialiste. Il était aussi contre toute forme de religion, liée à la peur, engendrant le sadisme et la répression. Son manifeste Eloge de l’oisiveté, rappelle beaucoup l’ouvrage de Paul Lafargue Le Droit à la Paresse, dans lequel ce dernier rappelle que ce sont « les prêtres, les économistes, les moralistes » qui sont à l’origine de cet amour absurde du travail. Lafargue préconise trois heures de travail par jour. La proposition de Russell, cinquante ans après la sienne, la dépasse d’une heure.

Hélas, bien que fort rafraîchissant, il y a quelques objections opposables à ce manifeste. D’abord, la modernisation des outils de travail ne s’est pas traduite, au fil du temps, par une diminution du temps de travail. Ou plutôt, cette diminution du temps de travail s’est plutôt révélée synonyme d’une hausse de la productivité : donc création de richesse, densification du travail mais pas de création d’emplois (donc pas d’enrichissement de la population). L’exemple des 35h en France nous a montré que les freins et absurdités liées à cette obligation, avec une flexibilité imposée souvent très contraignante, se traduisent en fait par un temps libre qui n’est pas celui du loisir (payant) mais de la récupération. On peut aussi souligner que cette analyse du rapport labeur-temps libre date pas mal, puisqu’elle ne s’applique pas aux transformations liées à la tertiarisation du monde du travail.

Mais qu’importe, cette lecture m’a rappelé un embryon de réflexion sur ce qu’est la création de richesse aujourd’hui, et m’a fait un bien fou… Le fait qu’elle ne soit pas tout à fait adaptée à notre époque en fait un argument puissant pour s’en emparer sans plus attendre.

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Theater France : le suspense continue !

Posted on January 30th, 2014

 	hyménée II 2007 techn.m. sur toile et poils de chèvre 150 x 130cm

 

Bon, c’est entre nous, mais je ne résiste pas au plaisir de divulguer ces quelques infos… Il y a quelques temps, j’annonçais, vent dans les cheveux, sourire conquérant, que Theater France, l’association américaine faisant du théâtre francophone dont je m’occupe, allait bientôt vous surprendre, avec de belles créations scéniques autour d’une langue riche, fine et multiple. Et, bien que la superstition impose un certain silence autour des projets en cours pour lesquels tout n’est pas bouclé, les contingences de la communication (et mon impatience) imposent de prendre quelques risques en vous racontant ce qui se trame.

On se paie une petite charade pour faire durer le plaisir ? Mon premier est de la poésie. Mon second est féminin. Mon troisième est francophone. Et mon tout  ? Mon tout est “Voix de Femmes”, un montage de poésie et de musique, un voyage dans le temps et dans l’espace, un coup de projecteur sur des écritures francophones ayant germé en des terreaux, des cultures et des époques différentes – du 16ème siècle à nos jours -, mais assemblées le long d’un seul fil rouge : les femmes et la poésie.

Tous les poèmes sélectionnés ont le point commun d’être écrits par des femmes du Mali, de Côte d’Ivoire, de Suisse, de Tunisie, d’Haïti, du Burkina Faso, de Belgique, du Maroc, du Québec, des Antilles, du Congo, du Sénégal. Chacune évoque dans son univers, son langage, la Liberté, la Sensualité et le Magique Féminin. Que l’on se plonge dans la narration solitaire de Bernadette Sanou Dao, le surréalisme de Joyce Mansour, le théâtre-rituel et la mythologie de Werewere Liking, les vers amoureux de Louise Labé ou encore, l’être-au-monde d’Andrée Chedid, ce sont toujours des femmes de chair, des femmes solidaires qui nous font voir les promesses, les espérances et les doutes de leur univers.

Entrecoupée des chants maliens d’Awa Sangho, cette anthologie de la poésie au féminin dite par quatre comédiennes nous propose un moment de rupture, hors du quotidien, pour nous confronter à une voix profonde et délicate, grave ou légère, une voix à rire, à chanter, à pleurer, déclinée en un faisceau d’expressions réunies autour de l’intemporalité, de l’universalité et de la francophonie.

Le spectacle est beau, délicat, touchant et… promis à une véritable odyssée ! Suisse, Maroc, Hongrie, Costa Rica, Antilles, Haïti, Cameroun… La tournée commence en mars et il devient pressant de donner à Theater France ainsi qu’à ce formidable spectacle qu’est Voix de Femmes un espace de communication sur Internet, via site dédié et Facebook. Le temps de le dire et… c’est presque fait !

Pour ceux qui ne pourront rejoindre l’une des haltes de Voix de Femmes, quelques enregistrements seront disponibles, notamment via la radio des Nations Unies à New York. Car je vous assure, le monde a besoin de poésie.

 

La créativité vue par… YZ

Posted on January 8th, 2014

Renouveau et renouvellement sont deux thèmes aussi proches que contradictoires. La nouvelle année évoque toujours cette antinomie : trouver la ressource d’une créativité nouvelle tout en poursuivant son chemin, tel qu’en l’an d’avant, tel que le plan l’exige.

Et puisque la question de l’inventivité, de l’invention, que l’on nomme créativité quand le résultat est artistique, n’a pas cessé d’accompagner mon chemin, je me tourne à nouveau vers quelques belles personnes qui ont envie de partager leur regard sur ce sujet immanent à l’histoire de l’humanité.

J’ai donc pris un peu du temps de la street-artist YZ (prononcer “eyes”), avec laquelle j’ai eu la chance de créer un projet art-poésie (Mind Your Eyes), afin de lui faire cracher le morceau. YZ travaille sur différentes thématiques qui guident ses représentations du monde, au cœur duquel se trouve toujours l’Homme, ses choix, sa liberté, ses espérances. Merci YZ de répondre à mes questions !

 

1/ Qu’est-ce que la créativité à tes yeux ?

C’est avoir la capacité d’imaginer, de construire une idée, une histoire qui résonne avec son intimité, ses convictions, son expérience de vie, sa vision du monde.

2/Comment concilier créativité/réinvention du monde et terre-à-terre quotidien (dont la part est souvent largement majoritaire)
Le terre-à-terre quotidien nourrit finalement la créativité dans ce qu’il a de répétitif et de désengageant spirituellement, il permet à l’esprit de s’évader, de rêver et donc de réinventer le monde.

3/ Comment être créatif quand on doit être créatif ?

Être créatif, c’est se donner le droit de ne pas être créatif. Accepter de s’arrêter, s’extraire de l’habitude créative pour en retrouver l’essence même. Laisser le corps et l’esprit se reposer, se nettoyer, se ressourcer pour qu’enfin la créativité soit le prolongement de l’acte de vie.

4/ On cherche tous les leviers de notre propre créativité. As-tu identifié des lieux/personnes/moments/activités nourrissant ou ressourçant ta créativité ?

Des lieux : La ville et la campagne
Des personnes : Mes parents : céramiste et sculpteur, mes tantes : céramiste, bijoutière, plasticienne et les femmes des siècles passés.
Des moments : Voyager en train, en voiture, voir les paysages défiler, être assise dans mon jardin à regarder les oiseaux, les papillons, les plantes et arbres qui poussent
Des activités : courir, nager, jardiner, marcher.

5/Y a-t-il des personnes dont tu admires la créativité ?
Ma fille. A 5 ans, elle a encore cette liberté dans la représentation de ses idées. Totalement décomplexée, elle peint, dessine, chante, danse, invente des histoires, imite pour raconter son imaginaire riche de tout ce qui a pu la nourrir.

Série "Women from antoher century" par YZ http://yzart.fr/

Série “Women from antoher century” par YZ
http://yzart.fr/

Happy 2014 !

Posted on January 1st, 2014

le petit-déjeuner juan gris

 

Hello 2014 !

Welcome, entrez, je vous en prie ! Asseyez-vous, mettez-vous à l’aise, que nous apportez-vous de bon ? 2014, je ne sais pourquoi, me semble riche de mille promesses, et pas que celle des multiples et si prévisibles commémorations. Emplie de cette ferveur du renouveau, boostée par un florilège de vœux cocasses, j’ai moi aussi quelques souhaits dans ma hotte de New Born (c’est ainsi que je me suis sentie ce matin, avec une forte douleur entre les oreilles). Pour 2014, je vous souhaite un peu de naïveté, pas de niaiserie ni de puérilité ni de crédulité, mais cette fraîcheur de regard sur le monde qui attribue aux êtres et aux systèmes le meilleur d’eux-mêmes et qui est la grâce des grands. Je vous souhaite aussi de l’inspiration, la vraie, la pure, cette envie, ce besoin de partager des sentiments et des convictions “out of the blue”, puisque c’est la base des plus beaux échanges. En 2014, je vous souhaite de danser, car les corps en mouvement sont synonymes de vie et qu’être heureux de danser, c’est éprouver la griserie de l’enfance, soit l’émotion la plus recherchée au monde. Je vous souhaite une certaine continuité générationnelle, qui ne se cantonne pas à la famille, mais qui permet de mettre en perspective sa place au milieu des autres. Et puis en 2014, je vous souhaite d’être témoin de l’amour des vôtres, de ceux qui vous sont chers, puisque ce sont des compositions harmonieuses qui vous sont propres, qui sont à vous, qu’elles sont uniques et qu’elles donnent une force inouïe.

Happy happy 2014 !

 

Inspiration pour les filles

Posted on December 19th, 2013

Pour fêter les huit ans de ma fille, hier, j’ai eu la folie la joie de réunir 18 enfants de 4 à 11 ans et nous avons secoué les cocotiers, bu des planteurs-junior (aka cocktail de fruits), brisé une magnifique pinata et dansé sur Jump Around (House of Pain). C’était un bel anniversaire, qui nous a laissés exsangues et heureux, elle surtout.

Mais avant tout cela, j’avais souhaité lui montrer le projet Not Just a Girl de la photographe Jaime Moore, une initiative vraiment intéressante découverte grâce à mon amie Vanora : plutôt que proposer à sa fille de poser en déguisement de princesse pour son anniversaire, Jaime Moore lui a parlé de plusieurs femmes ayant réellement existé, dont le parcours a changé le cours du monde, et lui a fait choisir celles auxquelles elle voulait ressembler.

Il faut absolument cliquer sur le lien ci-dessus et parcourir ces photos, elles sont étonnantes ! Ma fille a adoré, elle, de son côté, est plutôt blouse blanche et stéthoscope dans la brousse auprès des animaux sauvages. Je n’ai pas le vrai lion pour la faire poser mais je trouverai bien quelque chose avec notre chat-tigre domestique…

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Je pars chez les Trappistes

Posted on December 11th, 2013

From http://placart.wordpress.com/

Philippe de Champaigne, La Vanité ou Allégorie de la vie humaine, 1646

On en manque, il nous déserte, il nous fait défaut, nous tend des pièges… Mais qui est cet ennemi tout-puissant qui se joue de nous à chaque instant ? Le temps, bien sûr (ce n’était pas une charade). Grand sujet de philo, le temps… Je laisse à Hegel l’intelligence de nous prouver que nous ne pouvons vivre le présent. Luc Ferry toutefois, revient à une philosophie du temps présent (et avant lui les Epicuriens, les Bouddhistes, les New Age, etc.) et appelle à une vie bonne, à un recentrage sensible faisant appel à notre libre-arbitre, permettant de donner du sens à notre finitude au moyen d’une spiritualité laïque. J’aime ce concept de la vie bonne. Car la notion de temps est intimement liée à celle de mort : on voudrait conjurer par une boulimie de choses accomplies l’angoisse de ne plus être, un jour.

Une chose est sûre, le temps n’existant pas en tant que tel (ou de façon anecdotique) mais seulement en tant que perception, nous pouvons agir. Il nous suffit en effet de considérer que le temps n’est pas un ennemi, mais un ami, que nous avons assez de temps pour, que nous voulons garder du temps pour, que nous allons prendre le temps nécessaire pour. En effet, à force de somatiser le manque de temps, on accroît les affres de notre condition. On bâcle tout, on conduit trop vite, on néglige ses enfants, on se nourrit de surgelés, on remet à un autre jour tout en portant l’angoisse de ne pas y arriver. Bref, on multiplie les occasions de se faire du mal. Si par exemple on se disait que l’on ne doit jamais se hâter lorsqu’on est en retard, on limiterait le risque de laisser ses clés à l’intérieur, de glisser dans les escaliers, d’oublier son passeport, de glapir sur son conjoint ou même d’être responsable d’un accident de voiture.

En partance pour une retraite dans un monastère trappiste, je vais méditer sur le temps. Non, en fait, je vais faire comme d’habitude et pleurer sur mon débordement permanent, mais peut-être qu’avec un peu de courage, ces bonnes idées figureront parmi mes résolutions 2014…

A vous maintenant, j’aimerais bien savoir quelle est votre définition du temps libre !

PS : je ne pars pas chez les Trappistes, mais, pour être honnête, je ne serais pas contre.

2 raisons pour lesquelles l’égo et l’art forment un mariage malheureux

Posted on November 20th, 2013

Quand est-ce que c’est arrivé, cette grosseur gênante ? Oui, celle de la tyrannie de l’ego, qui nous ronge de l’intérieur avec non seulement notre consentement personnel mais la bénédiction de la société ? Le prurit du moi incite à se mettre toujours plus en scène sur les réseaux sociaux, à partager la moindre contrariété comme les joies et les peines les plus intimes, à  se confier plus vite que son ombre afin, sans doute, d’effacer de nos vies le désordre de ce qui déborde d’une charge émotionnelle médiane, à banaliser cette passerelle propre à chacun entre le dialogue intérieur conscient et le reste du monde.

Il me semble pourtant que cet ego affamé, qui se gave du regard de l’autre, est contraire à la créativité et à l’expression de l’artiste. Il est en effet légitime de se demander quel type d’inhibition demeure dans l’antichambre de l’artiste, capable de lui inspirer une tentation de beauté. Puisque que reste-t-il de l’art quand on ne s’occupe plus de la beauté ? Certes, on peut regarder et montrer le monde au microscope, disséquer toutes sortes de vertébrés, dire tout et son contraire et balayer d’un revers de la main les liens entre art et science pour dire que la science C’EST de l’art, ou encore vouloir jeter ses excréments à la face du monde ou même à soi, dans une performance inédite. Mais tendre vers le beau, n’est-ce pas tâche plus ardue ? N’est-ce pas tenter de sortir de soi, de sa condition, de chercher une forme de sublimation à ce qui fait de nous des êtres finis, à tenter de donner un sens à nos vies ? Et quand on a déjà tout dit de sa propre finitude, l’œil rivé sur les « like », le moteur créatif n’est-il pas en berne ?

Un autre élément me fait penser que l’égo et l’art sont de piètres amis et elle est encore plus évidente à mes yeux. C’est qu’à force de comparer les photos de vacances de ses copains (pas vus en chair et en os depuis quinze ans mais on s’en fout) avec les siennes, de chercher son meilleur profil dans la glace pour un énième autoportrait et de lorgner le nouveau job du copain de sa voisine, on en oublie tout sens de l’altérité. C’est le plus grand paradoxe : d’un côté, on dit que les réseaux sociaux sont des outils de communication, que tant que l’on communique, tout va bien, mais de l’autre, on se rend bien compte que la solitude n’a jamais été plus grande et plus douloureuse que dans nos sociétés et que la violence gagne en radicalité au galop. Si l’on ne voit plus l’autre, comment peut-on créer ? De quoi se nourrit-on ?

Bien sûr, l’art est un reflet de la société. Mais la crise de légitimité que vit le monde de l’art depuis plusieurs années n’est pas sans rapport, je pense, avec cet égocentrisme morbide. « A chaque époque son art, à l’art la liberté » disaient les tenants de l’Art nouveau à Vienne à la fin du 19ème siècle. Un bon point de départ pour relancer un art total qui ne se réduise pas au totalitarisme de l’égo.

Le baiser, de Klimt, l'un des artistes au coeur du mouvement de l'art nouveau.

Le baiser, de Klimt, l’un des artistes au cœur du mouvement de l’art nouveau.

Le lecteur, grand absent des considérations d’éditeurs ?

Posted on November 6th, 2013

http://frenchweb.fr/le-marche-du-livre-numerique-en-10-chiffres-cles
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Quand la pression commerciale liée à une aventure littéraire est telle que le livre, fruit d’un travail d’abord personnel puis d’équipe, devient un objet commercial comme un autre, il y a, je crois, de quoi s’interroger. On arguera que la seule réalité qui prévale, dans l’édition, est bien sûr celle de l’entreprise, obéissant à une loi de rentabilité permettant à cette maison d’édition d’exister de façon pérenne, sous une identité bien distincte, bâtie par des choix d’auteurs bien spécifiques. Nul besoin de sortir d’HEC pour en convenir.

Pour beaucoup de maisons d’édition, cela veut dire une minuscule poignée de blockbusters qui financeront toute une manne d’ouvrages publiés pour des raisons diverses, dont le talent de leur auteur parfois, le plus souvent destinés à demeurer dans une relative obscurité et à représenter, en termes comptables, une perte d’argent. Pour d’autres maisons d’édition, plus modestes, il n’y a d’autre choix que l’audace et une maîtrise achevée de l’art de la communication. En effet, sans droit à l’erreur, chaque livre publié se doit d’atteindre un objectif de ventes susceptible de convaincre les actionnaires de rester dans le capital de la société. Si ces structures plus humaines ont l’immense mérite de porter des auteurs et des thèmes en lesquels elles croient sincèrement, le moment de la publication y suscite une semi-hystérie – proportionnelle à l’enjeu de l’investissement – lors de laquelle sont foulés au pied les raisons mêmes pour lesquelles le livre a été publié. Le livre doit se vendre, c’est l’intérêt de tous. Et la fin justifie les moyens.

Le livre devient alors un objet, qui, comme tout objet, est passé par une chaîne de fabrication. Les mains (et cerveaux) ayant participé à la création ainsi qu’à la production dudit objet n’ont pas le droit de cité. Ce qui compte, c’est ce que l’on dira de cet objet, ou de ce livre, pour le vendre. C’est là que commence l’art du story-telling. On raconte une belle histoire qui fera vendre. Les ouvriers chinois ont un salaire, certes pas mirobolant, mais ceci est une considération du monde occidental, et, tout comme eux, les auteurs de livres touchent des droits, pas mirobolants non plus (ceci étant également une considération du monde occidental). Plus on produit/vend, plus on est payés. La seule différence entre l’ouvrier chinois et l’auteur, concédons-le, se situe du côté de la propriété intellectuelle. L’ouvrier n’a pas le sentiment de posséder quoi que ce soit concernant l’objet qu’il produit. Il ne s’y identifie même pas, c’est un gagne-pain comme un autre.

Mais l’auteur, étrangement, si. Il y a quelque chose de lui dans le livre écrit qui, au stade où l’on considère que tout est bon dans le cochon, grince un peu. Susceptibilité d’auteur ? Ego mal placé ? Tout dépend du point de vue, si c’est celui de l’éditeur ou celui de l’auteur. Celui qui manque, c’est celui du lecteur. Mais comme (presque) tout consommateur, il se fiche sans doute un peu de ce qui se passe en amont de l’objet qu’il tient entre les mains…

Comment savoir ce que pensent la plupart des lecteurs de la surabondance des sorties de livres et des motifs qui président à ces choix ?

Mon coup de cœur poésie du moment : Lady Lee Andrews

Posted on October 16th, 2013

Lady Lee Andrews est une poétesse portoricaine. Elle officie dans un lieu apparemment charmant, sur la Plaza de Armas dans le Old San Juan, le Poet’s Passage que je n’ai pas encore visité en personne (cf to-do list), mais que des amis m’ont décrit récemment, alors même qu’ils m’offraient le troisième recueil de Lady Lee Andrews : “Changing”.

J’aime le phrasé mélodieux de ses vers grâce auxquels elle s’échappe vers la lumière. Et dans cette lumière qu’elle finit par incarner, elle prend tout à fait conscience de sa chair, de son existence, en même temps qu’elle s’en affranchit.

Ses mots parlent d’amour et de solitude d’une façon un peu rugueuse qui me touche. Ils  forment un pont vers sa propre intériorité ou, a contrario, vers un être aimé, et sont synonymes d’acceptation de la vie, de vérité, d’échange pur.

Voici deux poèmes issus de “Changing”, que je reproduis ici :

 

Lover Lover by the sea

Lover Lover by the sea

Shadows saying follow me

Footsteps playing with the waves

Watching how the sand behaves

I love you. I, love you.

 

Cold, so cold so cold so cold

But the moon is full and you are bold

Playing under a spell of happiness

With you everything exists

I love you. I, love you.

 

Moments

My breast, below your skin

Feels caressed

As I feel the wind

Run to your heart

With all my kiss within,

Each other arms

 

Each time I open my eyes

I am dreaming.

To look upon you is like breathing

In my life.

 

And to know my body’s rest

Will lay here undressed through the night

I hold you closer.

All ties undone

Where two are one

I hold you closer.

 

On the dark side of my dreams

The stars and common things

We do not know

Appear with perfect clarity.

Puerto Rico Poet's Passage

Mon moodboard du moment

Posted on October 10th, 2013

Inspirée par le moodboard de DianaVreeland, reine du journalisme de mode, rédactrice à Harper’s Bazaar (1935-1961) puis rédactrice en chef de Vogue (1961-1971) avant de devenir commissaire d’exposition au Metropolitan Museum de New York, j’ai voulu créer et partager mon propre moodboard, qui bien sûr n’est pas celui de toute une vie, mais plus modestement celui du moment… Cocotiers surimprimés sur le couchant, précieuse orchidée, peinture ou croquis de mes parents, lithos chéries, livres de chevet ou  de leçon de choses, instrument d’élévation de l’âme et de torture de l’égo, présence féline, cliché clin d’œil ou photo de ma grand-mère dans les années 50 au piano… Toutes ces vues quotidiennes portent en elles une existence, une histoire qui leur est propre, et font partie des talismans d’amour et d’amitié qui soutiennent mon état d’esprit et mon regard sur le monde. Ces objets distillent, sans qu’on le réalise forcément, leur pouvoir autour de nous. Ma maîtrise approximative des outils de collage photo fait que je n’ai pu en mettre plus, mais il y en a bien d’autres et je les ajouterai, peu à peu, comme le consentement d’une ouverture sur “une légère intimité”.

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Inspired by DianaVreeland’s moodboard (queen of fashion journalism , editor at Harper ‘s Bazaar 1935-1961 and Vogue 1961-1971 before becoming a curator at the Metropolitan Museum in New York), I felt like creating and sharing my own mooboard , which of course is not that of a lifetime, but more modestly that of the moment … Coconut-trees print-like sunset, precious orchid , painting or sketch of my parents, cherished lithographies, bedside books, soul elevation/ego torture instrument, cat hanging around, tong-in-cheek pictures, my grandmother at the piano in the 50s … All these daily visions bear their own life, their own story, and are part of those love and friendship talismans that drive my mood and trigger my perceptiveness. Before we know it, objects spread their invisible power around us. My mediocre mastering of photo collage tools prevented me from adding more pictures, but there’s still many of them to complete this moodboard. I’ll add them gradually, as I open up to “a slight intimacy“.