Posts from the “Books” Category

Mon livre du moment : “Visions de Gérard”, de Jack Kerouac

Posted on December 5th, 2012

Parler de l’intimité d’un autre ou même de l’intimité en général, c’est souvent parler de sa propre intimité. Par exemple, si je vous dis dans le creux de l’oreille que « Visions de Gérard », de Jack Kerouac, m’a bouleversée aux larmes, eh bien cela dévoile, il me semble, beaucoup sur qui je suis véritablement. C’est donc là un exercice bien délicat pour moi de tâcher d’expliquer ce qui est si unique dans ce livre sans me Lire la suite…

Mon livre du moment : « Eloge de l’Ombre », de Tanizaki

Posted on September 26th, 2012

Bon, je triche un peu, car « Eloge de l’Ombre », de Junichiro Tanizaki, je l’ai lu il y a deux mois, avec des yeux tout neufs d’ailleurs, tout juste sortis de la pénombre grâce aux miracles de la chirurgie réfractive. Depuis, je voulais en dire un mot, mais la façon dont le quotidien s’empare insidieusement de ma personne (grand sujet) m’en a jusqu’ici empêchée. D’abord, ce livre court (70 pages) se lit d’une traite. Au bout Lire la suite…

Le Musée de l’Innocence

Posted on September 4th, 2012

Avez-vous lu Orhan Pamuk ? Moi pas, je le confesse. Mais en lisant cette semaine un article de Newsweek lui étant consacré, j’ai découvert une autre dimension de cet écrivain turc, Prix Nobel de la littérature en 2006. Descendant le long fleuve (pas vraiment) tranquille de sa créativité, Pamuk est devenu le Georges-Henri Rivière* de la muséologie des pays émergents. En créant le Musée de l’Innocence à Istanbul, inauguré au printemps dernier, musée dédié à l’amour Lire la suite…

“Madeleine Malraux. Avec une légère intimité” !

Posted on August 23rd, 2012

Comment raconter la vie passionnante de Madeleine Malraux, ma grand-mère, pianiste-concertiste jeune de 98 ans, veuve d’André Malraux, son ex-beau-frère, épousé en 1948 après la mort de Roland Malraux, son premier mari et grand amour mort en héros de la Résistance ? Celle qui demeura aux côtés du grand écrivain et Ministre de la culture pendant vingt ans et qui éleva ses deux fils aux côtés du sien est aussi la plus discrète, la plus Lire la suite…

Jean Clair – L’Hiver de la Culture

Posted on July 17th, 2012

Dans ce pamphlet contre le culte de la culture, contre une idolâtrie de l’exotisme, contre une déviation des musées non seulement de leurs objectifs initiaux mais également de leur vocation ultime, Jean Clair se prête au périlleux exercice de la critique sans appel ni proposition d’un phénomène emportant la majorité, phénomène décrit comme absurde et dévoyé. En délivrant une liste de constats amers, il détruit un édifice d’illusions sur ce qu’est ou plutôt ce que Lire la suite…

« Cent vies et des poussières», de Gisèle Pineau

Posted on June 11th, 2012

Cent vies et des poussières « Cent vies et des poussières», ce sont les vies, les cent vies massacrées de la Ravine Claire, ce paradis perdu, ce Jardin d’Eden où vivaient en paix les esclaves marrons, ceux qui avaient fui le joug de leurs maîtres. Gina Bovoir, personnage principal du roman, est une véritable anti-héroïne, d’un pathétique presque irritant. Elle qui ne sait qu’être enceinte, qui ne vit véritablement que pleine, comme une bête… Son rapport Lire la suite…

“Le Testament des Solitudes”, par Emmelie Prophète

Posted on May 30th, 2012

Avec “Le Testament des Solitudes”, Emmelie Prophète, journaliste et poète haïtienne, signe son premier récit. Et de la poésie, “Le Testament des Solitudes” en délivre à foison, au fil d’une écriture dense, racontant la souffrance de trois générations de femmes : trois solitudes en Haïti. Sur fond d’un parfum de café doux-amer , entre deux halls d’aéroport, elle évoque la notion de territoire, celui de la Province bleue, et d’un sentiment d’appartenance à géométrie variable, entre le rejet et l’attachement viscéral. S’y bousculent la honte du deuil et d’une fatalité nulle et non avenue, la haine de l’amour, le maigre poids de la vie et, comme son empreinte en creux, le fardeau de la mort. En voici un court extrait :

« La dame qui habitait en face de chez ma père laissait sa porte ouverte tout le temps. Il y avait, à part le lit et la table dans son unique chambre, un grand miroir et toute la rue pouvait se regarder en passant. A un certain moment de la journée, le reflet devenait aveuglant. Le miroir était blanc et indiscret. Je ne m’y étais jamais vue. J’étais trop loin. Je le regrette. Cela aurait changé ma vie. J’en suis sûre. J’aurais décidé plus tôt de mon parcours. Le miroir s’est cassé un lundi. Je ne sais pas comment. C’était un accident. Tout le quartier s’est retrouvé sans reflet. »

A travers son récit tourmenté, Emmelie Prophète raconte, avec un talent qui n’est pas sans évoquer Marguerite Yourcenar, l’exil haïtien, l’humiliation qui lui est contingente, la dignité que s’imposent les émigrés en mal d’humanité. Vrai, Le Testament des Solitudes sent le vécu, la chair, comme un naufrage qui ne céderait jamais aux sirènes des lamentations. Et fort de cette puissance évocatoire, il donne naissance à une parole, et même à une langue, qu’on a envie d’entendre, encore et encore.

“Le Testament des Solitudes”, Emmelie Prophète – Mémoire d’Encrier – 2007.

« La tache », Philip Roth

Posted on May 6th, 2012

L’ignorance n’est pas un vide, c’est un trop-plein de certitudes. Voilà l’idée forte, l’idée véritablement essentielle que rappelle (ou énonce, tout dépend) « La tache », l’un des plus grands livres de l’Américain Philip Roth. La deuxième notion géniale à laquelle Roth donne vie, c’est que la liberté n’est pas un laisser-aller. Il lui faut de l’égoïsme pour s’arrimer quelque part, prendre racine et pousser hors de terre. Avec « La tache », paru en 2002, Philip Roth saisit Lire la suite…

“Le sanglot de l’homme noir”, par Alain Mabanckou

Posted on May 4th, 2012

Par ce titre ironique, Alain Mabanckou détourne celui du livre de Pascal Bruckner, « Le sanglot de l’homme blanc », paru en 1983, dans lequel une charge lourde est portée contre cette tendance à l’auto-culpabilisation, à l’auto-flagellation et à la haine de soi d’une certaine partie de l’Occident au regard de son passé, et tout particulièrement du colonialisme, dont le capitalisme actuel ne serait que le prolongement. Auteur français d’origine congolaise, Alain Mabanckou s’inspire d’une lettre rédigée Lire la suite…