De l’inutile sanctification de nos décisions…

Posted on June 11th, 2014

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Ce n’est pas parce que c’est l’été, que l’air est au renouveau et que les gens pensent davantage à se reproduire que je pense à ça. Ça quoi ? L’inutile sanctification de nos décisions ! Une certaine apologie de la légèreté ! En fait, le récent festival Terre de Blues m’a rappelé la grande diversité des styles musicaux que j’avais aimés et défendus (du classique au dub et au reggae en passant par la bossa nova et l’électro) et soudainement, il m’est apparu qu’à chaque époque de ma vie correspondait un style musical…  J’avais parlé du temps, il y a quelques mois, et de la nécessité d’en faire un allié. Aujourd’hui, je voudrais évoquer plutôt ces nombreuses vies que contient notre propre vie. Notre capacité à nous réinventer. Nos potentiels d’apprentissage. Et la force de l’amour pour nous accompagner tout au long des chapitres du grand livre que chacun écrit sans s’en rendre compte.

La trentaine passée, on se dit que l’on est une personne finie et que les bases, affectives, professionnelles, personnelles, on les a posées. Que maintenant, il est temps d’approfondir. De vivre ce pour quoi on était fait. En fait, ce sentiment est une histoire que l’on se raconte à soi-même pour une raison que je n’ai pas encore cernée. Ou est-ce une histoire que la société nous raconte ?

Autour de nous, il est évident que la seule constante est le changement. Or, nous nous excluons de ce changement, comme si nous étions des aliens plantés profondément dans un bloc de ciment et que la seule évolution possible était la décomposition. A la trentaine, à la quarantaine, nous avons déjà eu plusieurs vies, parfois même plusieurs mariages. Et pourquoi cela devrait-il changer ? Pourtant, quand nous nous regardons dans le miroir, nous nous voyons comme des personnes complètes, comme dans le chapitre principal – en intensité, en longueur – de notre vie. Mais dans dix ans, n’est-il pas à parier que nous verrons ce que nous vivons aujourd’hui comme un épisode plus ou moins heureux, et que nous serons déjà, en partie, d’autres personnes ? Et à quatre-vingts ans ? Il est probable que nous penserons encore à ce que nous faisions dix ans plus tôt avec distance et sans doute le sentiment d’avoir été alors bien différent. Il me semble que le temps est une force infinie, qui nous porte, nous nourrit et nous donne la force d’accepter les difficultés et de nous réinventer sans cesse.

J’y pense, parce que nos décisions, aussi lourdes soient-elles chaque jour, seront de toutes façons inscrites sur une autre grille de lecture dans quelques années. Et plutôt que porter au quotidien le poids du doute et de l’angoisse dès qu’un nouveau choix se présente, nous devrions croire en nous-mêmes, savoir que nous ne sommes pas au bout de notre potentiel et profiter du présent.

Il me semble tout de même que dans ce magma instable et intense qui caractérise notre existence, seuls l’amour, la générosité et la bonté ne prennent pas une ride. Comment regretter les décisions prises sur la base de ces motifs ? Même si ces sentiments sont un jour déçus, ils sont irréfutables ! Je pense aussi aux coups bas, les pires, les plus sournois, que la vie réserve, hélas, également. Le poids de la perte, de l’absence permet parfois, avec le temps, de devenir une meilleure personne, de découvrir que le pardon c’est l’amour de l’autre et de soi, et pour ceux qui ont le talent du bonheur, de devenir plus heureux. Alors un mot : confiance ! Et musique avec l’incroyable Flavia Coelho, ma plus récente découverte qui résume à elle seule plusieurs chapitres de ma vie…

 

En avant-première, gagnez un exemplaire du recueil “Etre(s) de Guadeloupe” !

Posted on May 19th, 2014

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Je l’attends depuis un bon moment, ce recueil de portraits, tirés au fil du temps et dont l’édition a mûri tout doucement, comme un graine qui germe sans qu’on la regarde. Enfin, enfin… roulement de tambours… il arrive en Guadeloupe cette semaine !!*

Pour fêter cela, je voudrais vous offrir le champagne, mais pour faire plus simple, je vous propose de trinquer en participant à un petit jeu qui pourra vous faire gagner un exemplaire de ce recueil !

Il suffit de répondre (ci-dessous, en commentaire à cet article) à une question + de relayer ce jeu sur votre page facebook !  A la fin de la semaine, parmi les gagnants, 3 seront tirés au sort !

Et la question est :

Quel est le fil d’Ariane des personnalités mises en avant dans le recueil “Être(s) de Guadeloupe ?”

Indice (avec clin d’œil discret) : la réponse est à un clic, sur le tumblr du livre, il faut lire un peu (beaucoup) partout, et ne pas avoir peur de la couleur…

 

* “Être(s) de Guadeloupe” est déjà disponible sur le site des éditions Orphie, et sera en vente en France métropolitaine à la rentrée prochaine…

 

Mon livre du moment : “Le Tour du monde d’un sceptique”, d’Aldous Huxley

Posted on May 1st, 2014

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Une âme-sœur m’a récemment tendu plus qu’un livre : sans le savoir, elle m’a fait voir un projet de vie. Avec  le “Tour du Monde d’un sceptique” d’Aldous Huxley, j’ai découvert une chronique de voyage qui, bien que datant de 1926, reste d’une étonnante actualité. Elle démontre à la fois la continuité de l’expérience de l’homme à travers les générations et l’importance de porter un regard humble, empreint d’humanisme et de respect aux cultures que l’on découvre. La quête de vérité, commune à l’humanité, est en effet un immense chemin peuplé de surprises, où l’esprit sceptique, malicieux et humoristique fait office d’équipement de survie. Quelques formules y révèlent les visions du futur auteur du “Meilleur des Mondes” : “La majorité des actions humaines ne sont pas faites pour être examinées avec les yeux de la raison“, “Ce n’est que lorsque la société a atténué, et, en grande partie, aboli la lutte pour l’existence personnelle que l’homme de valeur peut donner toute sa mesure“, ou encore : “L’Art n’est pas la découverte de la Réalité, quoi que puisse être la Réalité, ce que tout être humain ignore. Il est l’organisation d’un chaos apparent en un univers ordonné et humain.

Huxley analyse la mutation des valeurs au sein des contrées qu’il aborde avec une intelligence aiguë et une curiosité toute journalistique. Le Britannique parcourt les Indes, la Malaisie, le Pacifique et l’Amérique et narre ses impressions de façon parfaitement sincère, sans filtre, sans auto-censure, mettant en parallèle les arts de vivre, les façons de jouir de la vie, les structures sociétales, faisant de la sensibilité et des sentiments une grille de lecture universelle du monde. Alors que l’époque est encore celle des colonies, la perception d’Huxley est lucide sur les heurts et clivages que sème l’Européen vulgaire dans ces terres, sur l’hypocrisie des politiciens qu’il croise (“Plus il y a d’hypocrisie en politique, mieux cela vaut(…) Sans hypocrisie politique, pas de démocratie“), mais aussi, à Los Angeles, sur l’hystérie des gens, qui n’a pas pris une ride en près de cent ans (“La pensée est bannie de cette Cité de l’Effrayante joie et la conversation y est inconnue“.)

Le titre original du livre (“Jesting Pilate“) évoque la scène biblique durant laquelle Ponce Pilate interroge Jésus, sceptique : “Qu’est-ce que la vérité ?”.

Aldous Huxley- Jesting Pilate

Convaincu de l’importance d”‘essayer de comprendre avant de condamner“, Huxley déploie dans ce livre méconnu tout le potentiel humaniste dont il est alors muni. Fils et petit-fils de scientifiques travaillant sur les théories de l’évolution, il avait cette conviction profonde que chaque être humain naît avec des inclinations positives et porte naturellement en lui le souhait d’une bonne vie commune. Aldous Huxley, également connu pour ses expériences ultérieures avec le LSD, cherchait sa propre mystique, dont ses voyages, ses pratiques méditatives, bien avant l’heure, et en faveur d’une alimentation végétarienne ne sont qu’une des illustrations.

Pour le voyageur, d’aujourd’hui comme d’hier, ce livre est à l’esprit ce que la mélatonine est au jet-lag : un stimulant léger mais qui permet de s’adapter en toutes circonstances. Gardons en poche l’idée que “le fruit de la connaissance et de l’expérience est généralement le doute.”

L’Ennui chez Marguerite Duras

Posted on April 7th, 2014

from http://lesilencequiparle.unblog.fr/tag/marguerite-duras/

Une autre grande du XXème siècle aurait eu 100 ans ce mois-ci (l’autre étant, égoïstement, ma grand-mère Madeleine), c’est bien sûr Marguerite Duras, dont on réentend beaucoup parler (si tant est qu’on ait jamais cessé). Diffusé sur Arte le week-end dernier, le documentaire “Le Siècle de Marguerite Duras” de Pierre Assouline, m’a passionnée en ce qu’il m’a fait réfléchir à une énigme. Dans ce documentaire, Marguerite Duras (disparue en 1996) plaint ceux qui, comme son fils, devront affronter l’après “an 2000”, ce XXIème siècle “qui sera essentiellement caractérisé par l’ennui” (en substance). Notre époque, en ce qu’elle emprunte au matérialisme outrancier et stérile, à l’uniformisation des êtres et des cultures, aux sentiments tièdes et consensuels, à la transparence mièvre, à la vacuité de l’abondance et au politiquement correct en tout, confine en effet à d’inépuisables perspectives d’ennui. Difficile de ne pas ressentir cette vision durassienne autrement que comme transcendance.

Ce que je comprends moins, en revanche, c’est que L’Ennui (devrait-on écrire) est l’un des thèmes les plus récurrents de l’œuvre de Duras : l’ennui de l’existence, l’ennui d’être, celui qui ressemble à la mort, “la vie toute nue quand elle se regarde clairement”*, l’ennui infini, absurde, consubstantiel à l’homme. Suzanne, dans “Barrage contre le Pacifique“**, meurt d’ennui en permanence sans sa grande plaine tropicale. Dans “La Vie tranquille“, Francou est méchante d’ennui. Dans “Les petits Chevaux de Tarquinia“, c’est l’ennui du désir, dans “Moderato Cantabile“, l’ennui du couple et de l’alcool, et ainsi de suite. Qu’être sans l’autre ? Que faire de sa liberté ? Si le thème de l’ennui a tellement inspiré Duras, pourquoi plaindre ceux qui le vivraient pleinement, comme elle le pressentait ? N’aurait-elle pas dû, paradoxalement et si l’on va au bout de la réflexion, les jalouser ? Parler de la postérité comme d’une période qui serait, en soi, inintéressante, n’est-ce pas une forme d’orgueil et de vanité (et d’angoisse) signifiant : après moi, le monde ne peut que s’ennuyer ? Je m’interroge sincèrement.

Sur un thème plus concret, je dévie de mon sujet pour rappeler cette anecdote : “En 1992, après un dîner d’amis où Marguerite Duras a été consacrée auteur le plus surfait du moment, le journaliste Guillaume P. Jacquet (alias Étienne de Montety) recopie L’Après-Midi de M. Andesmas, un des livres célèbres de Marguerite Duras, en ne changeant dans le texte que les noms des personnages et en remplaçant le titre par « Margot et l’important ». Il envoie le résultat aux trois principaux éditeurs de Duras : Gallimard, POL et les Éditions de Minuit. Les Éditions de Minuit répondent à Guillaume P. Jacquet que « [son] manuscrit ne peut malheureusement pas entrer dans le cadre de [leurs] publications »; Gallimard que « le verdict n’est pas favorable »; POL que « [le] livre ne correspond pas à ce qu'[ils] cherchent pour leurs collections ». Le fac-similé des lettres de refus est publié dans le Figaro littéraire sous le titre « Marguerite Duras refusée par ses propres éditeurs »”**

Morale ? Ne jamais s’ennuyer d’écrire (ce qui revient à se décourager), car les éditeurs éditent souvent pour des raisons qui n’ont rien de littéraire.

* P. Valéry in “L’âme et la danse” (1967), cité par Alexandra Saemmer dans “Les Lectures de Marguerite Duras

** le livre de Duras que je préfère

*** merci Wiki et ce lien

De la reproduction des stéréotypes, ici et ailleurs

Posted on March 26th, 2014

https://plan-international.org

https://plan-international.org

Ceux qui me suivent un peu savent que je m’interroge sur ce qui fonde la notion d’identité, le sentiment d’appartenance, moi qui vis au cœur battant de l’archipel de la Guadeloupe, sur une terre d’adoption et d’élection depuis treize ans. Vivre un décalage culturel, social, géographique, incite à la remise en question, change l’ordre d’un univers construit, fragilise et renforce à la fois l’édifice personnel et offre une multitude d’objets de contemplation sur la vision que nous avons les uns des autres, et, juste derrière, sur celle que nous avons de nous-mêmes.

Bien (trop) souvent nous parviennent des idées reçues véhiculées par des personnes (souvent ignorantes) sur telle culture, telle histoire, tel peuple. Ceci est un fait, “a fact of life”, comme on dit en Anglais, qui durera aussi longtemps qu’il y aura des imbéciles sur terre. Autant dire qu’on ne peut pas grand chose pour éradiquer ce type de circulation qui s’apparente à la grippe : elle tue parfois, vous rend malade, change de visage régulièrement, mais tout ce qui nous est permis d’espérer, c’est de renforcer nos défenses et de l’ignorer. Les préjugés sur les Antilles et sur les Antillais, dupliqués et déclinés au fil du temps et de l’espace, souvent insidieusement, on les connaît, et il faut tenter, autant que possible, de les déraciner comme les mauvaises herbes qu’ils sont… En revanche, il y a également, et on la sous-estime largement, une dimension endogène à la reproduction des stéréotypes. C’est bien cette dimension que je souhaite évoquer, car celle-là, elle dépend du regard que l’on porte sur soi, sur son frère, sur sa famille, sur son voisin. Avez-vous remarqué que chaque individu s’accepte plus ou moins comme faisant partie d’un peuple ? Et que malheureusement, cette inclusion du je dans le nous légitime des comportements passéistes, absurdes, injustes, décalés, délétères ? On brandit la tradition, pour dire que “chez nous, c’est comme ça que ça se passe…”, que “ça a toujours été comme ça et ce n’est pas maintenant que ça va changer”, que “dans mon pays, les gens sont comme ceci ou comme cela, c’est normal chez nous”.

Mais parfois, il y a des exemples trop criants d’incohérence pour ne pas les mentionner, car leur portée dépasse de loin l’anecdote. Quand j’ai entendu le responsable d’une grande structure para-scolaire aux Antilles, vieux de la vieille, marronnier des conseils de discipline, rompu aux réunions le dos au tableau noir, aussi à l’aise avec les enseignants qu’avec les parents d’élèves, me dire sûr de lui, le verbe haut, que le parent qui s’était amené l’autre jour à la sortie du lycée pour flanquer une bonne raclée à son fils devant tout le monde – évènement qui n’a rien d’exceptionnel -, n’avait pas perdu le contrôle mais avait tout simplement bien fait, j’ai protesté : que voulez-vous dire ? Depuis quand l’humiliation apporte-t-elle quoi que ce soit ? C’est à ce moment que plusieurs autres parents m’ont assuré, d’une même voix convaincue, que “c’est dans notre culture, une bonne rouste en public et l’enfant rentre dans le droit chemin”, “on me l’a fait et je n’ai pas eu envie qu’on me le refasse”, “ici, il y a des lois qui ne peuvent pas s’appliquer”, “ceux qui ne reçoivent pas de coups, on les retrouve dans les faits divers”…

Ces propos, que l’on aurait certes pu entendre au sein de maintes communautés en ce monde, viennent, rappelons-le, de parents sincèrement concernés par le bien-être de leurs enfants, de parents qui tentent de s’impliquer, de donner de leur temps. C’est donc qu’a fortiori, cette idée reçue : “chez nous c’est pas pareil, y a qu’avec les coups qu’on peut se faire respecter”, est validée  et reproduite, de façon tacite, génération après génération, et d’abord au creux du cercle scolaire, dès le plus jeune âge. C’est là qu’intervient la notion de transmission : est-ce cette conviction que je veux transmettre à mon enfant ? Cette question-là, dans l’échange que je viens de relater, nous n’avons pas eu le temps de l’aborder, mais elle est cruciale car de sa réponse dépend la survie d’un stéréotype endogène qui fait encore très mal.

Mon livre du moment : Olivier, de Jérôme Garcin

Posted on March 13th, 2014

 

oLIVIER gARCIN

 

J’ai lu, ces temps derniers, plusieurs livres traitant d’un sujet terrible : le scandale de la disparition d’un enfant. Entre mes mains, un peu par hasard, un peu par besoin, sont passés par exemple le déchirant Visions de Gérard, de Kerouac, mais aussi Le Fils de Michel Rostain (sur lequel je n’ai pas écrit de critique, mais que j’ai trouvé très fort, quoique d’une autre teneur), et puis récemment, Olivier, de Jérôme Garcin.

Dans ce témoignage poignant, Jérôme Garcin fait le récit d’une vie dont la trame est une absence fondamentale : l’amputation de son jumeau fauché à la veille de ses six ans sur une petite route de campagne. Dialogue d’outre-tombe, ou plutôt  monologue d’un ex-gémellaire, privé de celui que Michel Tournier appelait le « frère-pareil », Garcin y revisite ces années de silence sur un vide – amplifié de la mort, quelques années plus tard, du père, emporté par un cheval fou -, qu’il a fallu non pas combler, mais recouvrir d’une planche de salut : l’écriture. Mais aussi l’érudition et l’amour, car Jérome Garcin a fait de ces deux nourrices les moteurs de son canot de survie. Quant à ce silence, vraie mort des absents selon l’auteur, en le brisant, Jérôme Garcin opère une résurrection de son propre frère. Oui, Olivier est un sujet de discussion, on le croise à la librairie et en compagnie de milliers de personnes… Quelle unique et immense rétribution, à laquelle participe le regard apaisé de la mère de Jérôme Garcin sur ce travail de réhabilitation du double je et du double tu (au sens de muet) !

Olivier, c’est aussi une réflexion sur les liens uniques et absolus qui sous-tendent la gémellité, dans une langue touchante, précise, vraie. Le ton est celui de l’extrême pudique qui a décidé de montrer sa plaie : une diversion, ici d’ordre littéraire, est organisée autour de la douleur, par égard pour celui qui en est témoin. Pour autant, elle n’en est pas moins révélée. Il y a quelque chose de lourd, qui relève de l’inertie visqueuse (mais pas glauque) de celui qui remue une marmite au contenu figé par le temps. A lire, pour cette immense sensibilité si délicatement partagée, et pour une autre très belle relation que Jérôme Garcin convoque : l’amour des chevaux comme, métaphore évoquée par l’auteur, si monter, en tant qu’acte ascensionnel, était une démarche de foi.

Mes 5 boosters d’optimisme

Posted on February 26th, 2014

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Difficile d’opter pour l’optimisme, non ? Surtout au pays de Voltaire, où l’on a tendance à professer un cynisme assez satisfait, où l’on grince souvent qu’un optimiste est un pessimiste mal informé. Mais avez-vous remarqué ? “Opter” et “optimisme” ? La racine est la même, et sans surprise ni compétences particulières en latin, on comprend que “optare” évoque le choix. Ainsi, il serait en notre pouvoir de choisir (opter) de voir le monde plutôt comme ceci ou plutôt comme cela.

Ce qui détermine ce choix, c’est un état d’esprit, et cela, c’est plus compliqué à modeler. Mais c’est possible, avant tout si l’on en voit l’intérêt. En fait, le fond de la chose, c’est que l’optimisme suppose la confiance. La confiance que cela ira. Que cela ira mieux, ou que cela ira tout court.  Force est tout de même de reconnaître que si le progrès, au sens politique, ne fait plus rêver grand monde, c’est une notion qui explose sur le plan individuel, à l’heure où l’on se sent plus perfectible que jamais. Une personne relativement optimiste est, quoi qu’on en dise, plus agréable à côtoyer qu’une personne pessimiste. On peut aussi imaginer que la première aura une vie sociale plus riche que la seconde. Et si cette foi en l’avenir était en sus un gage de stabilité mentale ? Ainsi, si l’on pouvait générer de l’optimisme, ce serait sans doute une bonne action, pour soi et pour les autres, non ? Que l’on veuille faire de ses enfants des optimistes, ou, plus généralement pour faire rayonner un état d’esprit positif, je pense qu’il s’agit avant tout d’une faculté de perception. Voici donc mes 5 boosters d’optimisme.

1. Percevez l’étendue des possibles

Sans verser dans une candeur agaçante, si l’on s’encourage (ou encourage les autres) à croire que (presque) tout est possible à force de volonté, on diffuse soi-même un potentiel majeur : le courage de se relever de ses erreurs, de ses déceptions et de ses défaillances. Pas peu de choses…

2. Percevez le pouvoir de la gentillesse

La pratique conscience de l’acte de bonté sans attente de retour, de la patience, de la bienveillance ainsi qu’une attention particulière portée à ces actes venant des autres, au quotidien, est, je crois, le moteur turbo d’un cercle vertueux extrêmement puissant.

3. Percevez la beauté

Est-il chose gratuite plus fascinante que la beauté du monde ? Accessible à tous, il suffit d’ouvrir les yeux, de se libérer, rien qu’un peu, du poids de ses contraintes, pour que la beauté nous submerge et nous mette en lien les uns avec les autres, et surtout, avec nous-mêmes. Aider les autres à voir la beauté est l’étape d’après, et avec un peu d’entrainement, on la voit dans les choses les plus simples et on la partage de plus en plus facilement. En cette ère des réseaux sociaux, c’est un atout ! Et pour les parents, quelle qualité d’échange avec les tout-petits…

4. Percevez la force de la gratitude

Être capable d’identifier régulièrement ce pour quoi/pour qui on ressent de la reconnaissance, c’est un immense pas vers le bonheur, et c’est un des secrets de l’optimisme. Santé, amis, famille, enfants, ou jardin secret, bon livre, fou rire…

5. Percevez la possibilité de dire oui.

Essayez, une fois ou deux, de dire oui, quand vous avez l’intention immédiate de dire non. Jim Carrey, dans “Yes Man”, en fait une caricature inouïe et hilarante (et un peu inégale), et il n’est pas nécessaire de tomber dans cet excès de yessitude pour ouvrir quelques portes dans sa vie et créer un courant d’air fort appréciable.

Avez-vous déjà expérimenté un changement d’état d’esprit lié à un changement conscient de perception des choses ?

PS : On l’a vu, le sourire, ça se travaille, eh bien je vous propose de vous aider à le garder avec l’excellente Sophie Raynaud, qui nous propose un sourire illustré par jour sur son blog : Gardez le sourire

 

Les origines du plaisir…

Posted on February 12th, 2014

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Il y a sur ce blog quelques nourritures à picorer et parfois, je l’espère, quelques plats un peu plus roboratifs. Je parle d’oisiveté,  de retenue sur les réseaux sociaux, d’égo, de créativité, de poésie, de littérature… Mais aujourd’hui, je voudrais parler de plaisir, pas uniquement sur le plan sexuel, mais plus généralement des origines du plaisir. Et si ce que nous ressentions n’était pas d’abord le fruit d’une expérience sensorielle mais plutôt d’une construction morale ? Pour discuter, il faut voir cette conférence TED, donnée par Paul Bloom, un psychologue qui travaille au Mind and Development Lab à Yale, qui m’a semblé très intéressante :

En substance, et c’est ainsi qu’il termine : “The mind is its own place, and in itself can make a heaven of hell, a hell of heaven.” John Milton

– Nous sommes des essentialistes nés (c’est à dire l’inverse d’existentialistes), notre histoire et notre culture détermine ce qui nous semble bon ou mauvais, agréable ou désagréable.

– nos réactions sont conditionnées par nos convictions

– nos plaisirs sont conditionnés par nos croyances.

Et vous, vous en pensez quoi, du fait que notre notion du plaisir ne dépend presque pas de notre libre-arbitre ?

PS : Comment ça, vous ne saisissez pas la pertinence de cette image d’illustration ? Eh bien ce n’est que pure tromperie sur la marchandise !

Mon livre du moment : « Eloge de l’oisiveté »… par Bertrand Russell

Posted on February 6th, 2014

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Il est bon de prendre un peu de distance, parfois, avec un quotidien qui ne laisse, après son œuvre implacable d’épuisement, qu’un vide au bord duquel on ne trouve plus goût à grand chose. C’est ainsi que m’est tombé entre les mains, fort à propos et grâce à un ami bien intentionné qui se reconnaîtra, cet ouvrage sensé qu’est Eloge de l’oisiveté, de Bertrand Russell. Ce n’est qu’un opuscule d’une quarantaine de pages, mais il est sage de le garder sous la main et d’en relire un peu de temps en temps.

Les dictionnaires disent que « l’oisiveté désigne l’état d’une personne qui n’a pas d’activité laborieuse. Selon les époques, selon le contexte, la notion d’oisiveté est associée soit à une valeur, celle de l’otium antique (ou loisir, loué par Sénèque comme le propre de l’home libre) cultivée par l’aristocratie, soit à la paresse, à l’inutilité, dans une société sacralisant le travail. Elle est revalorisée par les sociologues et les philosophes modernes et contemporains comme instrument de lutte contre la productivité déshumanisante. » Cette définition me parait très juste.

Dans ce manifeste social datant des années 1930, Russell remet en question la notion de travail comme vertu, qui serait la cause des grands maux de ce monde. La morale du travail serait une morale d’esclave et le monde moderne n’aurait nul besoin d’esclave. La voie du bonheur et de la prospérité passerait par une diminution du travail, puisque le loisir serait indispensable à la civilisation, et en serait même le corollaire direct. Celui qu’il nomme le Maître de l’Univers, qui n’est autre que le matérialisme dialectique, n’aurait d’autre volonté que de nous asservir en nous berçant d’une fumeuse dignité du travail. Et de rappeler que la classe oisive d’autrefois a quand même permis l’avènement de la civilisation par les arts, les sciences et une réflexion sur les rapports sociaux. Sans elle, l’humanité en serait encore à la barbarie. J’ai relevé avec bonheur une réflexion sur la bonté comme la qualité morale dont le monde a le plus besoin. Et en effet, la bonté est le produit de l’aisance et de la sécurité, non celle d’une vie de galérien. Or, le monde moderne fournit une aisance et une sécurité (relatives, certes).

Russell est un philosophe britannique mort en 1970. Outre ses travaux sur le logique, la philosophie du langage et la théorie de la connaissance, il a souhaité construire une pensée rationaliste, qui s’adresse au plus grand nombre, prônant des idéaux peace and love qui font cruellement défaut dans notre société ultra-matérialiste. Il était aussi contre toute forme de religion, liée à la peur, engendrant le sadisme et la répression. Son manifeste Eloge de l’oisiveté, rappelle beaucoup l’ouvrage de Paul Lafargue Le Droit à la Paresse, dans lequel ce dernier rappelle que ce sont « les prêtres, les économistes, les moralistes » qui sont à l’origine de cet amour absurde du travail. Lafargue préconise trois heures de travail par jour. La proposition de Russell, cinquante ans après la sienne, la dépasse d’une heure.

Hélas, bien que fort rafraîchissant, il y a quelques objections opposables à ce manifeste. D’abord, la modernisation des outils de travail ne s’est pas traduite, au fil du temps, par une diminution du temps de travail. Ou plutôt, cette diminution du temps de travail s’est plutôt révélée synonyme d’une hausse de la productivité : donc création de richesse, densification du travail mais pas de création d’emplois (donc pas d’enrichissement de la population). L’exemple des 35h en France nous a montré que les freins et absurdités liées à cette obligation, avec une flexibilité imposée souvent très contraignante, se traduisent en fait par un temps libre qui n’est pas celui du loisir (payant) mais de la récupération. On peut aussi souligner que cette analyse du rapport labeur-temps libre date pas mal, puisqu’elle ne s’applique pas aux transformations liées à la tertiarisation du monde du travail.

Mais qu’importe, cette lecture m’a rappelé un embryon de réflexion sur ce qu’est la création de richesse aujourd’hui, et m’a fait un bien fou… Le fait qu’elle ne soit pas tout à fait adaptée à notre époque en fait un argument puissant pour s’en emparer sans plus attendre.

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Theater France : le suspense continue !

Posted on January 30th, 2014

 	hyménée II 2007 techn.m. sur toile et poils de chèvre 150 x 130cm

 

Bon, c’est entre nous, mais je ne résiste pas au plaisir de divulguer ces quelques infos… Il y a quelques temps, j’annonçais, vent dans les cheveux, sourire conquérant, que Theater France, l’association américaine faisant du théâtre francophone dont je m’occupe, allait bientôt vous surprendre, avec de belles créations scéniques autour d’une langue riche, fine et multiple. Et, bien que la superstition impose un certain silence autour des projets en cours pour lesquels tout n’est pas bouclé, les contingences de la communication (et mon impatience) imposent de prendre quelques risques en vous racontant ce qui se trame.

On se paie une petite charade pour faire durer le plaisir ? Mon premier est de la poésie. Mon second est féminin. Mon troisième est francophone. Et mon tout  ? Mon tout est “Voix de Femmes”, un montage de poésie et de musique, un voyage dans le temps et dans l’espace, un coup de projecteur sur des écritures francophones ayant germé en des terreaux, des cultures et des époques différentes – du 16ème siècle à nos jours -, mais assemblées le long d’un seul fil rouge : les femmes et la poésie.

Tous les poèmes sélectionnés ont le point commun d’être écrits par des femmes du Mali, de Côte d’Ivoire, de Suisse, de Tunisie, d’Haïti, du Burkina Faso, de Belgique, du Maroc, du Québec, des Antilles, du Congo, du Sénégal. Chacune évoque dans son univers, son langage, la Liberté, la Sensualité et le Magique Féminin. Que l’on se plonge dans la narration solitaire de Bernadette Sanou Dao, le surréalisme de Joyce Mansour, le théâtre-rituel et la mythologie de Werewere Liking, les vers amoureux de Louise Labé ou encore, l’être-au-monde d’Andrée Chedid, ce sont toujours des femmes de chair, des femmes solidaires qui nous font voir les promesses, les espérances et les doutes de leur univers.

Entrecoupée des chants maliens d’Awa Sangho, cette anthologie de la poésie au féminin dite par quatre comédiennes nous propose un moment de rupture, hors du quotidien, pour nous confronter à une voix profonde et délicate, grave ou légère, une voix à rire, à chanter, à pleurer, déclinée en un faisceau d’expressions réunies autour de l’intemporalité, de l’universalité et de la francophonie.

Le spectacle est beau, délicat, touchant et… promis à une véritable odyssée ! Suisse, Maroc, Hongrie, Costa Rica, Antilles, Haïti, Cameroun… La tournée commence en mars et il devient pressant de donner à Theater France ainsi qu’à ce formidable spectacle qu’est Voix de Femmes un espace de communication sur Internet, via site dédié et Facebook. Le temps de le dire et… c’est presque fait !

Pour ceux qui ne pourront rejoindre l’une des haltes de Voix de Femmes, quelques enregistrements seront disponibles, notamment via la radio des Nations Unies à New York. Car je vous assure, le monde a besoin de poésie.

 

La créativité vue par… YZ

Posted on January 8th, 2014

Renouveau et renouvellement sont deux thèmes aussi proches que contradictoires. La nouvelle année évoque toujours cette antinomie : trouver la ressource d’une créativité nouvelle tout en poursuivant son chemin, tel qu’en l’an d’avant, tel que le plan l’exige.

Et puisque la question de l’inventivité, de l’invention, que l’on nomme créativité quand le résultat est artistique, n’a pas cessé d’accompagner mon chemin, je me tourne à nouveau vers quelques belles personnes qui ont envie de partager leur regard sur ce sujet immanent à l’histoire de l’humanité.

J’ai donc pris un peu du temps de la street-artist YZ (prononcer “eyes”), avec laquelle j’ai eu la chance de créer un projet art-poésie (Mind Your Eyes), afin de lui faire cracher le morceau. YZ travaille sur différentes thématiques qui guident ses représentations du monde, au cœur duquel se trouve toujours l’Homme, ses choix, sa liberté, ses espérances. Merci YZ de répondre à mes questions !

 

1/ Qu’est-ce que la créativité à tes yeux ?

C’est avoir la capacité d’imaginer, de construire une idée, une histoire qui résonne avec son intimité, ses convictions, son expérience de vie, sa vision du monde.

2/Comment concilier créativité/réinvention du monde et terre-à-terre quotidien (dont la part est souvent largement majoritaire)
Le terre-à-terre quotidien nourrit finalement la créativité dans ce qu’il a de répétitif et de désengageant spirituellement, il permet à l’esprit de s’évader, de rêver et donc de réinventer le monde.

3/ Comment être créatif quand on doit être créatif ?

Être créatif, c’est se donner le droit de ne pas être créatif. Accepter de s’arrêter, s’extraire de l’habitude créative pour en retrouver l’essence même. Laisser le corps et l’esprit se reposer, se nettoyer, se ressourcer pour qu’enfin la créativité soit le prolongement de l’acte de vie.

4/ On cherche tous les leviers de notre propre créativité. As-tu identifié des lieux/personnes/moments/activités nourrissant ou ressourçant ta créativité ?

Des lieux : La ville et la campagne
Des personnes : Mes parents : céramiste et sculpteur, mes tantes : céramiste, bijoutière, plasticienne et les femmes des siècles passés.
Des moments : Voyager en train, en voiture, voir les paysages défiler, être assise dans mon jardin à regarder les oiseaux, les papillons, les plantes et arbres qui poussent
Des activités : courir, nager, jardiner, marcher.

5/Y a-t-il des personnes dont tu admires la créativité ?
Ma fille. A 5 ans, elle a encore cette liberté dans la représentation de ses idées. Totalement décomplexée, elle peint, dessine, chante, danse, invente des histoires, imite pour raconter son imaginaire riche de tout ce qui a pu la nourrir.

Série "Women from antoher century" par YZ http://yzart.fr/

Série “Women from antoher century” par YZ
http://yzart.fr/

Happy 2014 !

Posted on January 1st, 2014

le petit-déjeuner juan gris

 

Hello 2014 !

Welcome, entrez, je vous en prie ! Asseyez-vous, mettez-vous à l’aise, que nous apportez-vous de bon ? 2014, je ne sais pourquoi, me semble riche de mille promesses, et pas que celle des multiples et si prévisibles commémorations. Emplie de cette ferveur du renouveau, boostée par un florilège de vœux cocasses, j’ai moi aussi quelques souhaits dans ma hotte de New Born (c’est ainsi que je me suis sentie ce matin, avec une forte douleur entre les oreilles). Pour 2014, je vous souhaite un peu de naïveté, pas de niaiserie ni de puérilité ni de crédulité, mais cette fraîcheur de regard sur le monde qui attribue aux êtres et aux systèmes le meilleur d’eux-mêmes et qui est la grâce des grands. Je vous souhaite aussi de l’inspiration, la vraie, la pure, cette envie, ce besoin de partager des sentiments et des convictions “out of the blue”, puisque c’est la base des plus beaux échanges. En 2014, je vous souhaite de danser, car les corps en mouvement sont synonymes de vie et qu’être heureux de danser, c’est éprouver la griserie de l’enfance, soit l’émotion la plus recherchée au monde. Je vous souhaite une certaine continuité générationnelle, qui ne se cantonne pas à la famille, mais qui permet de mettre en perspective sa place au milieu des autres. Et puis en 2014, je vous souhaite d’être témoin de l’amour des vôtres, de ceux qui vous sont chers, puisque ce sont des compositions harmonieuses qui vous sont propres, qui sont à vous, qu’elles sont uniques et qu’elles donnent une force inouïe.

Happy happy 2014 !

 

Inspiration pour les filles

Posted on December 19th, 2013

Pour fêter les huit ans de ma fille, hier, j’ai eu la folie la joie de réunir 18 enfants de 4 à 11 ans et nous avons secoué les cocotiers, bu des planteurs-junior (aka cocktail de fruits), brisé une magnifique pinata et dansé sur Jump Around (House of Pain). C’était un bel anniversaire, qui nous a laissés exsangues et heureux, elle surtout.

Mais avant tout cela, j’avais souhaité lui montrer le projet Not Just a Girl de la photographe Jaime Moore, une initiative vraiment intéressante découverte grâce à mon amie Vanora : plutôt que proposer à sa fille de poser en déguisement de princesse pour son anniversaire, Jaime Moore lui a parlé de plusieurs femmes ayant réellement existé, dont le parcours a changé le cours du monde, et lui a fait choisir celles auxquelles elle voulait ressembler.

Il faut absolument cliquer sur le lien ci-dessus et parcourir ces photos, elles sont étonnantes ! Ma fille a adoré, elle, de son côté, est plutôt blouse blanche et stéthoscope dans la brousse auprès des animaux sauvages. Je n’ai pas le vrai lion pour la faire poser mais je trouverai bien quelque chose avec notre chat-tigre domestique…

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Je pars chez les Trappistes

Posted on December 11th, 2013

From http://placart.wordpress.com/

Philippe de Champaigne, La Vanité ou Allégorie de la vie humaine, 1646

On en manque, il nous déserte, il nous fait défaut, nous tend des pièges… Mais qui est cet ennemi tout-puissant qui se joue de nous à chaque instant ? Le temps, bien sûr (ce n’était pas une charade). Grand sujet de philo, le temps… Je laisse à Hegel l’intelligence de nous prouver que nous ne pouvons vivre le présent. Luc Ferry toutefois, revient à une philosophie du temps présent (et avant lui les Epicuriens, les Bouddhistes, les New Age, etc.) et appelle à une vie bonne, à un recentrage sensible faisant appel à notre libre-arbitre, permettant de donner du sens à notre finitude au moyen d’une spiritualité laïque. J’aime ce concept de la vie bonne. Car la notion de temps est intimement liée à celle de mort : on voudrait conjurer par une boulimie de choses accomplies l’angoisse de ne plus être, un jour.

Une chose est sûre, le temps n’existant pas en tant que tel (ou de façon anecdotique) mais seulement en tant que perception, nous pouvons agir. Il nous suffit en effet de considérer que le temps n’est pas un ennemi, mais un ami, que nous avons assez de temps pour, que nous voulons garder du temps pour, que nous allons prendre le temps nécessaire pour. En effet, à force de somatiser le manque de temps, on accroît les affres de notre condition. On bâcle tout, on conduit trop vite, on néglige ses enfants, on se nourrit de surgelés, on remet à un autre jour tout en portant l’angoisse de ne pas y arriver. Bref, on multiplie les occasions de se faire du mal. Si par exemple on se disait que l’on ne doit jamais se hâter lorsqu’on est en retard, on limiterait le risque de laisser ses clés à l’intérieur, de glisser dans les escaliers, d’oublier son passeport, de glapir sur son conjoint ou même d’être responsable d’un accident de voiture.

En partance pour une retraite dans un monastère trappiste, je vais méditer sur le temps. Non, en fait, je vais faire comme d’habitude et pleurer sur mon débordement permanent, mais peut-être qu’avec un peu de courage, ces bonnes idées figureront parmi mes résolutions 2014…

A vous maintenant, j’aimerais bien savoir quelle est votre définition du temps libre !

PS : je ne pars pas chez les Trappistes, mais, pour être honnête, je ne serais pas contre.

Ma lecture du moment : “Proust contre Cocteau”, de Claude Arnaud

Posted on December 5th, 2013

Vous allez me remercier. Et à double titre. D’abord, il y a tous les ans à l’approche des fêtes ce fatidique-fastidieux moment du petit trot au travers de foules hostiles à la recherche, non pas du temps perdu, mais des cadeaux dont on aura oublié l’intention et la raison d’être à la minute où ils auront changé de mains, et au cours de ce petit trot, une errance angoissante à l’égard de l’un ou de l’autre des membres de son entourage pour le(s)quel(s) on ne sait vraiment mais alors vraiment pas quoi offrir. A cela, j’ai un remède. Oui. Sous la forme d’un cadeau qui vaut de belle-maman au neveu qui finit à peine sa plaquette de roaccutane, du copain qui a déjà tout à la cousine née insatisfaite.

Il s’agit du merveilleux livre de Claude Arnaud, “Proust contre Cocteau”, une somme de délices de l’intellect où l’on découvre deux frères semblables, presque jumeaux, quoique Proust fut de vingt ans l’aîné de “Cocto”, mutuellement reconnus comme tels, avec une figure maternelle certes à deux têtes mais pareillement omnipotente et dont la relation confina peu à peu à l’urticaire.

Cocteau, béni dès sa naissance dans un milieu bobo-chic flirtant naturellement avec cet ersatz d’une aristocratie de la fin du 19ème siècle, milieu que Proust, atteint de boulimie mondaine, lorgnait avec envie, est dépeint comme un jeune prodige prometteur, exalté, en comparaison de son “grand” frère, tout comme lui lady-like, inverti assumé, mais auteur plus virtuel, plus contemplatif, et aussi, hélas, plus vieux.  Ce dernier, véritable tyran affectif, est décrit comme monstrueusement grand, insupportable, chimérique et collant. Touchant mais impossible. Le totalitarisme vain et douloureux de la sensibilité de Proust à l’égard de celui qui jouit de sa liberté sans entraves échoue dans diverses tentatives d’exclusivité. Cocteau voulait qu’on le “pense”, rien de moins. Leurs velléités communes d’orientalisme sur fond d’opium, la référence commune aux mythologies anciennes, leurs préférences sexuelles, tout contribuait à cette complicité dangereuse : “Proust et Cocteau eurent d’emblée la chance de se faire rire aux larmes”.

Tous deux s’accordent sur tant de faits inamovibles et justes de ce monde dans lequel ils tourbillonnent. “En société, on n’est jamais qu’un homme du monde, une création de la pensée des autres”. Cette idée a-t-elle pris une ride ? Mais alors que Cocteau pose un fait de gloire après l’autre, Proust trouve encore “les mille manières de fuir  l’écriture dans le brio oratoire”.

Claude Arnaud fait ici une analyse brillante et fine des subtilités narcissico-littéraires sous-tendant l’admiration que Proust et Cocteau se vouaient l’un à l’autre et qui se transforma en puissante rivalité. Il faut toute l’érudition de l’essayiste et du critique pour mettre en perspective l’impact de l’un sur l’autre et le talent du romancier pour construire cet édifice psychologique passionnant avec autant de style.

“Proust contre Cocteau” est donc bien une appellation à relire ces deux grands à l’aune de cet éclairage plus savoureux qu’une madeleine. Mais, me demanderez-vous, il fallait me remercier à double titre. Le premier, en rapport avec la course aux cadeaux, on a compris. Et le deuxième ? Eh bien, vous allez non seulement l’offrir, mais vous allez le lire, et là vous comprendrez.

les enfants terribles illustration jean Cocteau